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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/701

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pur et de plus saint dans l’homme ; » mais il est d’accord avec Luc d’Herrnany pour admettre que l’amour ne convient pas à la nouvelle jeunesse : Nous l’avons chassé, ce n’est pas assez, nous voulons le tuer, nous le tuons à notre manière, avec des mois, avec des sourires, avec le ridicule. » Ainsi constatée, la haine de l’amour a des causes, Apremonl les énumère.

La première est la cupidité. Cela vient, s’il vous plaît, de la révolution française, qui a substitué au culte de la noblesse le culte de l’argent. Voyez, dit Apremont, « l’argent n’est-il pas dans notre âme trop exclusivement pour y laisser vivre l’amour ? Ce sont des passions sans partage. » Deuxième cause : la débauche. Une jeunesse qui s’est épuisée à des jeux énervants et faciles ne garde pas l’ingénuité que réclamerait l’amour. Et la troisième cause : l’ironie. Apremont s’en est bien aperçu : l’amour a des naïvetés qui ne résistent guère à la moquerie. Apremont dit, bien joliment : « Nous avons enfermé la vie entre des sourires comme entre deux parenthèse ! » Alors, c’est fini de l’amour. Hélas ! c’est fini de l’adultère, « qui était si superbe, aux années romantiques. » Adieu, Antony. Adieu, pareillement, Juliette et Roméo, Virginie et Paul, Charlotte et Werther, Mme de Mortsauf et Félix de Vandenesse. Adieu, Héloïse, et Béatrice de Dante, et Laure de Pétrarque !

On dira que ces jeunes gens sont insupportables ; et, quand ils analysent leur « impuissance d’aimer, » ils ont beau dire que c’est la faute à la révolution française, on les envoie chez le médecin. Puis, ils ont beau dire que c’est aussi la faute à ces jeunes filles et jeunes femmes de notre temps qui n’ont pas le cœur aimable, il est temps qu’Apremont réplique : « N’oubliez pas qu’il y a, dans les quartiers retirés et calmes, à Paris, et partout en province, des jeunes filles que l’on a élevées simplement à être bonnes, à avoir du cœur, qui sont dans l’ombre et que l’on oublie… » Apremont est beaucoup moins déraisonnable que Luc d’Hermany. Et l’auteur de l’Agonie de l’Amour est beaucoup plus sage, on le verra : il n’a pas cru à l’agonie de l’amour ; il y a si peu cru bientôt, qu’il est devenu le romancier de l’amour et qu’il a consacré toute son œuvre à la peinture très complaisante et amicale de l’amour.

On peut considérer son premier roman comme un essai de diagnostic, un peu sévère, et assez juste cependant si l’on a soin de le bornera une jeunesse dorée auprès de laquelle on dirait que, vers 1900, l’amour n’était pas en faveur : une certaine dépravation de l’esprit parut alors plus élégante. Ce n’était pas l’agonie de l’amour,