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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/676

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dans ses Mémoires, écrit « qu’elle en possède la certitude et ne peut concevoir le plus léger doute. » L’avait-elle déjà, cette certitude, lorsqu’elle vint au Temple en septembre 1795, pour y saluer Madame Royale ? Celle-ci l’invita à feuilleter les registres de la salle du Conseil ; la marquise de Tourzel y lut « tous les progrès de la maladie du jeune Roi, les détails de ses derniers moments et même ceux qui concernaient sa sépulture. » C’est dire qu’elle prit précisément connaissance des pages du journal afférentes aux journées des 8, 9 et 10 juin 1795, les seules dont la copie nous ait été conservée, et qui content, en effet, minutieusement la comédie macabre à laquelle donna lieu la mort du petit prisonnier, l’autopsie faite en hâte et les reconnaissances de commande. Si ce document servit de base à la conviction de la noble dame, c’est qu’elle n’y vit rien de ce qu’il contient : il établit qu’un enfant est mort au Temple, mais il témoigne implicitement, presque à chaque ligne, que cet enfant n’était pas le Dauphin. L’attention émue de la marquise se porta sur les circonstances du décès et non sur l’escamotage flagrant de l’identité. Gomin qui le connaissait bien, ce procès-verbal, et qui en savait les redoutables réticences, surprit Mme de Tourzel occupée à le parcourir : — « il s’emporta violemment, lui reprocha très aigrement l’imprudence de sa conduit} et menaça d’en porter plainte. » Il fallut l’intervention de Madame Royale pour calmer l’émoi de Gomin. « La peur de se compromettre lui tournait la tête, » écrit Mme de Tourzel.

Quant à la jeune princesse, cette scène étrange ne dut pas contribuer à l’affermir dans sa croyance à la mort de son frère en racontant dans ses Souvenirs de quarante ans ces entrevues du Temple, Pauline de Tourzel s’efforce à le faire comprendre ; elle affecte à plusieurs reprises de passer sous silence le nom du Dauphin dans l’énumération des deuils qui ont frappé la princesse : — « Madame était seule, dit-elle ; le Roi, la Reine, Mme Elisabeth, tout avait péri autour d’elle, tout avait disparu… » — « Etions-nous destinées à lui apprendre que, après avoir perdu son père, elle avait aussi perdu sa mère et Madame Elisabeth ? » Rien d’autre : et il ne faut pas omettre que, au lendemain d’une de ces conversations avec Mme et Mlle de Tourzel, la fille de Louis XVI écrivait à son oncle cette lettre fameuse, fidèle écho de ses entretiens, et sur laquelle on a tant épilogué : — « C’est