Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/637

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




SONGE D’UN JOUR D’AUTOMNE


Automne, ton soleil comme une tiède main
S’est encor ce matin posé sur mon visage,
Une claire gaîté émanait des chemins
Où les ruisseaux glissaient comme un liquide herbage.

Il semblait que l’été, rétrécissant son cœur,
Eût laissé dans l’azur ce cercle étroit et tendre,
D’un soleil plus lointain, dont la pâle chaleur
S’isolait dans l’éther sans vouloir en descendre.

Mais ce ciel délicat, paisible, cristallin.
Ne pouvait pas tromper, triste Automne économe,
Cet amoureux besoin qu’a la race des hommes
De louer ce qui naît et non ce qui s’éteint !
 
Le doux parfum des bois dissous dans le silence,
Les jardins, leur dernier œillet mince et fringant,
L’abeille frappant l’air d’un vol moins arrogant,
M’emplissaient d’une amère et sûre défiance.

Et pourtant, que m’importe enfin ce sol plus nu !
Voudrais-je maintenir l’expansion suprême ?
Ayant tout désiré, ayant tout obtenu,
L’excès dans la douleur et dans le plaisir même,

Ne dois-je pas aimer cette saison qui meurt,
Qui ferme lentement ses ailes fatiguées,
Et qui, sentant faiblir l’éclat et les rumeurs,
Se confie au néant, soumise ut subjuguée ?…


Comtesse de NOAILLES.