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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/635

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Si l’effort, le labeur, la fierté, la justice,
Ont dans leurs vœux secrets un but plus convoité
Que celui de l’auguste et triste volupté
Où la force et l’espoir des âmes aboutissent,

Dites-le moi, Nature, ordre divin des jours,
Triomphale douceur du printemps qui s’élance,
Dites-le, mouvement onduleux du silence
Où les sons assoupis rêvent, puissants et sourds !
 
Dites-le, nuits d’été, où les astres s’empressent,
Et, par leur insistant et net crépitement.
Guident l’être, ébloui d’un immense tourment,
Vers l’orage et la paix des étroites caresses !
 
Dites-le nous ! Ouvrez notre humaine prison.
Enseignez-nous ! Si non, la hantise éternelle,
Qui jaillit de l’instinct, que nourrit la raison,
Ne connaîtra jamais, en ses nobles saisons.
Que ce vacillement enflammé des prunelles
Où l’univers sans but offre aux corps anxieux
La présence terrible et suave d’un dieu !


ÉCLOSION


Amère odeur des primevères,
Arôme inquiet, ingénu,
Posé sur le sol triste et nu
Du pauvre printemps qui s’avère,
Je sais votre effluve inconnu,
Votre odeur de froid et de terre,
Ce parfum timide, frileux,
Puisé dans l’abime argileux,
Où tout commence, où tout s’achève.. »
Et voici qu’un subit oiseau
Jette une note étrange et brève.
L’espace est encor baigné d’eau,
Le ciel est gris. Pourtant le rêve
Que rapporte chaque printemps