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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/630

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reconnaissons qu’en présence de la multiplicité et de la contradiction des intérêts qui se heurtaient, il constitue une solution acceptable de la plupart des problèmes qui se posaient. Au point de vue économique, il est l’expression d’une volonté réfléchie de ne pas brusquer les solutions, de proportionner les demandes légitimes de réparation aux facultés du débiteur. Ce n’est pas celui-ci qui peut se plaindre des dispositions prises, mais bien certains créanciers, que leur propre détresse rend à bon droit impatients. Pour justifier l’état d’esprit de ces derniers, nous aurons à mettre sous les yeux du lecteur le tableau des ruines amoncelées sur les territoires qui furent envahis, occupés, puis anéantis par les Germains. Nous aurons aussi à exposer la situation financière des Alliés, qui n’est pas seulement la conséquence de la guerre, mais qui a été terriblement aggravée par la façon dont cette guerre a été conduite. La moitié des charges qui pèsent aujourd’hui sur le contribuable français proviennent de la destruction systématique des maisons, des usines, des mines, des arbres qui a été perpétrée par les armées allemandes en dehors de toutes les lois de la guerre.


XI. — L’OPINION ANGLAISE ET LE LIVRE DE M. KEYNES

Nous terminions notre premier article en citant les critiques que plusieurs Américains considérables ont faites du livre de M. Keynes. La conclusion de la seconde partie de notre étude sera placée sous l’invocation des compatriotes de l’auteur. Le plus grand journal de Londres, le Times, reflet le plus sûr de l’opinion anglaise, a jugé aussi sévèrement que nous un livre qu’il résume dans le titre de l’article qu’il lui consacre : « Réconfort pour l’Allemagne. » Il s’indigne, comme nous, qu’un écrivain puisse placer sur la même ligne les Allemands et les Alliés, qu’il ose comparer à la violation de la Belgique la prétendue injustice du traité de Versailles, qu’il semble, de propos délibéré, ignorer les crimes de piraterie sous-marine et autres dont les Allemands se sont rendus coupables. Il cite de nombreux exemples de cette mentalité étrange, qui semble prédisposer l’auteur à ne voir jamais que le côté allemand dans n’importe quelle question. C’est ainsi que M. Keynes, déplorant que des fleuves comme l’Elbe, l’Oder, le Rhin, soient placés sous le contrôle de commissions internationales, compare cette