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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/572

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recommandé que par ses services au suffrage de tous. Mais on cite un exemple encore plus frappant, puisqu’il se manifesta en dehors de notre présence : deux Puissances Scandinaves, ayant à débattre entre elles des intérêts où la France n’entre pour rien, et adoptant, outre le texte norvégien et le texte suédois du traité, un texte français qui fait loi : telle fut la convention qui stipula les clauses de la séparation de la Suède et de la Norvège, signée à Stockholm le 26 octobre 1905. L’avantage des contractants les pousse à choisir un idiome qui, par sa clarté, écarte les interprétations perfides naissant des ambiguïtés du texte ; qui, par sa précision, évite les erreurs et les malentendus ; qui, par sa diffusion, soit accessible à tous sans intermédiaire.

Vint, à l’issue de la Grande Guerre, le moment de rédiger des traités si nombreux, embrassant des intérêts si vastes, que les négociations antérieures semblaient des jeux d’enfants. Les représentants non seulement de la vieille Europe, mais du monde entier, des grandes Puissances et des petites, des pays nouveaux et des pays ressuscités, se réunirent pour remanier la carte politique du globe. D’un commun accord, les peuples amis et alliés, qui sont la majeure partie de l’humanité, désignèrent la France comme lieu de réunion des plénipotentiaires. Dès lors, forts de la tradition ancienne, de ce consentement renouvelé, de l’importance capitale que devait présenter le texte même du traité pour la paix du monde, nous pouvions nous attendre à ce que le français restât la seule langue diplomatique, et à ce que l’usage établi fût non seulement maintenu, mais renforcé.


II. — LA NÉCESSITÉ D’UN TRUCHEMENT COMMUN

Il ne s’agit pas seulement de diplomatie ; ce n’est pas seulement pour établir des traités que les hommes ont besoin, plus que jamais, d’un truchement commun.

Ici encore, la tradition était depuis longtemps établie : ceux qui voulaient reculer les limites de leur horizon, se tenir au courant de la pensée moderne, s’associer pour un effort dont le progrès général devait dépendre, s’unissaient volontiers par le lien du français. Montesquieu, déjà, est persuadé « que le français gagnera tous les jours dans les pays étrangers ; la