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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/502

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revue des deux mondes.

dans le flanc de l’avance allemande. Le général Debeney, commandant la 1re armée, est présent, pendant que le général Mangin prend connaissance de la situation des unités qui lui sont confiées et des renseignements sur l’ennemi ; le général Foch arrive et insiste pour que la contre-attaque se déclenche le plus rapidement possible. Le général Mangin part aussitôt, voit au passage le général Humbert, et donne ses ordres à dix-huit heures aux cinq divisionnaires convoqués à son poste de commandement. Transportées en camions, deux divisions manquent de leur artillerie, qui ne peut rejoindre que le surlendemain ; deux régiments d’artillerie automobile les remplacent. La contre-attaque partira le lendemain 11, à onze heures.

Cette action rapide, imprévue, obtient tous les résultats attendus ; la progression fut assez faible à gauche, où la contre-attaque se trouvait prise de flanc par l’artillerie allemande restée dans ses lignes, mais bonne à droite où opérait la 48e division Prax, qui sut passer immédiatement à la manœuvre à ciel ouvert. Mais l’attaque allemande était arrêtée net : elle avait manqué son but.

Le Haut Commandement français en jugea ainsi et arrêta la contre-attaque, dont l’ardeur ne se ralentissait pas. Il eut raison. Assurément, sur ce terrain on prenait des canons, on faisait des prisonniers en s’usant moins que l’adversaire ; mais on s’usait : au point de vue local, tactique, il fallait prolonger le succès ; mais au point de vue général, stratégique, il fallait l’arrêter. Reprendre plus ou moins du terrain perdu était indifférent au cas particulier. En outre, fait capital, considération décisive, l’effet moral était obtenu. Les ordres trouvés sur les prisonniers sont bien nets : Compiègne était le premier objectif, mais Paris était indiqué. Or, l’échec était évident à tous les yeux. Il retentissait longuement dans les états-majors et dans la troupe allemande. Chez les Français, la vertu de l’improvisation, qui est dans le tempérament national, apparaissait de nouveau : la parade était trouvée, en attendant la riposte, qui allait suivre. Mais en France, ce coup d’arrêt avait été compris de l’opinion publique, qui achevait ainsi de se rassurer.

L’offensive allemande vers Compiègne devait se soutenir par des actions simultanées le long de l’Oise et vers Villers-Cotterets. Elles se prononcèrent le 12 juin contre l’armée Maistre, qui perdit un peu de terrain, pour le reprendre en grande partie