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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/453

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VII


Je songe à ton passé, ma renaissante amie,
A cette lourde croix, à ces enfers secrets,
Voyageur prisonnier des cruelles forêts.
Toi qui mets sur ton sein ta main de sang rougie.

Le cri sourd de ton cœur ne cherchait plus l’écho ;
Tu n’avais même pas, pour toi, la solitude.
Du fond de tes beaux yeux laisse la lassitude
Monter comme une bulle d’air du fond de l’eau.

Ta chair souffre toujours du poids de la cuirasse.
Tu frissonnes encor d’avoir tant combattu.
Oublie, écarte et fuis ces visions, veux-tu ;
Et surmonte le mal pour que le mal s’efface ;

Pourtant je veux pleurer avec toi, mon Enfant.
Recueillir avec toi ces roses massacrées,
Et, comme on fait après les plus hautes marées,
Sauver les purs débris que laisse l’ouragan.


VIII


Tu regardes la vie, et tu vois la Beauté.
Tu marches en riant sur les débris du masque.
Avec ses mauvais fards, l’illusion fantasque
Ne se tient plus, pour l’asservir, à ton côté.

Comme un beau diamant sans ombre et sans cassure
Ton amour jette autour de lui ses feux puissants ;
Il ressemble aux glaciers sur le ciel fleurissants
Que peut seule toucher l’aile de la nuit pure.

Tu sais ce que tu crois, tu crois ce que tu sais.
La rose la plus belle étreint le plus beau chêne.
Tu n’entends plus la triste voix de la Sirène
Qui séduisait ton cœur sans le nourrir jamais.