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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/34

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L’abus du sens critique rend certains Français plus que modestes et les incité à battre la coulpe, comme on dit, de préférence d’ailleurs sur la poitrine de leurs voisins. C’est ainsi que pour certains, la grande guerre se ramène à trois événements : Charleroi, avril 1917 et le Chemin des Dames. C’est une vue tellement modeste qu’on ne saurait en suspecter le désintéressement.

A l’étranger, on connaît la Marne, on connaît Verdun, on Connaît la Bataille de France terminée par la capitulation du 11 novembre 1918, et ces trois noms dessinent à la France une auréole d’un éclat sans précédent.

Les quelques Français qui voyagent ont constaté la situation morale de leur pays ; nos officiers la connaissent, ayant été demandés au lendemain même de la victoire dans les pays de formation récente, pour organiser et instruire les armées nouvelles : la Pologne, la Tchéco-slovaquie ont suivi l’exemple de nos amis agrandis, la Roumanie, la Grèce. Les étrangers, alliés on non, viennent de partout dans nos écoles militaires, comme d’ailleurs dans nos Facultés. A l’extérieur, la France rayonne.

Les missions à l’étranger prennent donc un caractère qu’elles n’avaient pas avant la guerre ; leur rôle s’élargit et l’influence que le prestige de la Victoire a acquise aux officiers français s’exerce au bénéfice de nos penseurs, de nos littérateurs, de nos ingénieurs, de nos commerçants. Quelle action n’ont pas eue sur l’extension du commerce et de la fameuse kultur de l’Allemagne, les succès du grand état-major allemand de 1870 ! A l’étranger, la première formalité consiste toujours à déclarer son origine ; heureux celui qui peut prononcer le fameux Civis sum Romanus. Le pays demande à ses officiers de se placer au premier rang parmi les bons artisans du rayonnement de la France.

Il ne s’agit pas de conquêtes, pas davantage d’imposer aux marchés une camelote obligatoire ni aux esprits une culture hiérarchisée. Il s’agit de faire connaître et apprécier nos idées françaises, nos méthodes militaires, notre littérature, notre commerce, notre industrie, en un mot notre civilisation française, manifestation extérieure de la puissance morale attestée par les sacrifices du pays. Dans cette voie d’ailleurs nos officiers n’ont qu’à continuer en temps de paix l’excellente besogne qu’ils ont faite en temps de guerre. Qu’ils poussent davantage