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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/33

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grandir et qu’il faut rappeler en toutes circonstances.

Déjà la présence dans une démocratie d’hommes tenus rigoureusement à l’écart des luttes politiques, soumis à une discipline dont les manifestations sont publiques, modestement étrangers aux questions d’argent, est à elle seule un enseignement civique d’une grande portée : elle rappelle, en le concrétisant, ce devoir militaire égal pour tous dont la très haute formule est que chaque citoyen se doit tout d’abord au service de la Nation.

Mais cette influence, passive pour ainsi dire, ne saurait suffire à des âmes généreuses. Les officiers doivent viser à une influence active, féconde, sur la jeunesse qu’ils ont mission d’instruire ; l’importance que prend leur rôle d’instructeurs avec le service à court terme leur impose de lourdes et vivifiantes responsabilités : le développement physique et moral des jeunes classes ne doit pas souffrir de la réduction dans la durée du service, je ne voudrais même pas que l’apprentissage en souffrît. C’est la santé physique et la santé morale du pays qui sont en jeu. Il y faudra l’intelligence dans le choix des méthodes, le dévouement de la part des instructeurs, qui devront surtout comprendre la grandeur de ce sacerdoce qui s’exerce dans les œuvres vives de la nation.

Entretien d’un corps d’occupation, service obligatoire, si le pays s’impose de pareils sacrifices, il entend bien en tirer un profit complet. Il sait que des efforts de cette amplitude ne sont jamais improductifs et qu’à défaut d’un résultat immédiatement tangible ils produisent un dégagement de forces morales qui doivent être utilisées, elles aussi, pour gagner la paix. Sans doute les forces morales ne sont que fiction lorsqu’elles reposent sur des manifestations verbeuses ; elles ont au contraire une efficacité singulière lorsqu’elles reposent sur des réalités évidentes. Un peuple qui consent de dures contraintes pour assurer le respect d’une signature et pour garantir son indépendance contre toute surprise fournit la preuve la plus éclatante de sa volonté et de son énergie ; c’est bien un peuple qui veut et saura gagner la paix. Son attitude dégage une force morale4iont la portée est considérable, surtout lorsqu’à cette force vient s’ajouter le prestige de la victoire, ce prestige payé de tant de sang et dont nous n’avons encore qu’une conscience incomplète.