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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/264

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n’avaient pas encore commencé à se faire sentir aux armées.

En même temps, l’usure allemande allait grand train. Sur 52 divisions en réserve le 1er avril, 16 seulement restaient disponibles. Les inquiétudes du commandement allemand s’étaient traduites dès le 16 avril par l’allure insolite de son communiqué, qui paraissait préparer l’opinion aux pires éventualités. Depuis lors, le moral baissait rapidement. Ces résultats n’étaient pas tels qu’ils avaient été escomptés, mais ils étaient supérieurs à ceux des offensives précédentes et avaient été achetés au prix de pertes moindres.

Mais le chiffre de ces pertes était exagéré par des rumeurs qui circulaient en France dans certains milieux et dans certaines régions avant même qu’aucun renseignement eût pu parvenir du front. Les agents de l’ennemi y opéraient librement, avec la connivence des plus hautes autorités, comme certains procès devant la Haute-Cour et le conseil de guerre l’ont démontré par la suite.

En outre, de nombreux parlementaires avaient le 16 avril suivi l’attaque, soit du poste de commandement du général Micheler, soit de l’observatoire de Roucy, et leurs récits avaient répandu dans leur milieu toute leur sincère émotion : il faut une grande habitude de la bataille pour ne pas se laisser impressionner par la nuée de blessés qui refluent sur les arrières de toute grande attaque à la fin de la première journée. Après avoir jeté l’alarme dans le Parlement, ces récits, déformés et grossis, se répandaient dans le public et y renforçaient les effets de la propagande ennemie, qui les exploitait habilement.

C’était une véritable contre-offensive austro-allemande parfaitement organisée, qui transformait les succès français en échec. Au cours d’une opération, les deux partis s’exagèrent toujours le chiffre de leurs pertes, que les renseignements ultérieurs diminuent à mesure que la situation se précise ; mais des causes diverses exceptionnelles viciaient cette fois tous les calculs. On donnait pour les pertes des chiffres précis, fort différents, mais tous énormes. La première évaluation officielle avait été obtenue par de faux calculs établis en fonction du chiffre des tués, qu’on majorait arbitrairement en l’additionnant avec celui des disparus ; pour la seconde, on comptait plusieurs fois le même blessé, à son passage dans les diverses formations sanitaires, et on ajoutait au total les blessés enne-