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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/257

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comment finit la guerre.

dinaire : » le motif de la réunion, les débats et la conclusion. La note du général Messimy demandait que les commandants de groupes d’armées fussent consultés « soit ensemble, soit séparément, » mais elle ne demandait pas qu’ils fussent confrontés avec leur chef devant les premiers personnages de l’État, et on doit constater une contradiction fâcheuse entre cette note établie principalement sur les déclarations du général Micheler, et son attitude à la conférence ; tous les commandants de groupes d’armées avaient été consultés par le ministre de la Guerre, à l’insu du général Messimy, qui avait reçu satisfaction sans le savoir. Le motif de la réunion s’évanouit donc.

Tous les commandants de groupes d’armées estiment l’offensive indispensable, et ils pensent que le général Nivelle en attend des résultats plus importants qu’il n’est raisonnable de l’espérer. Ils l’ont dit au ministre de la Guerre, ils le répètent à la conférence avec des variantes qui n’atteignent pas le fond de leurs déclarations. Dans quel dessein les leur faire recommencer ? Au gouvernement appartient la conduite générale de la guerre, mais le général en chef choisi par lui a le commandement et la responsabilité des opérations. Le gouvernement estime que l’offensive est nécessaire et l’a répété le 3 avril. S’il n’a plus confiance dans le général en chef, qu’il le change. Si cette confiance persiste ou s’il recule devant un changement de commandement à la veille d’une attaque, pourquoi enlever beaucoup de ses chances de succès à une entreprise qualifiée de hasardeuse ?

Réuni sans motif comme sans objet, ce conseil de guerre extraordinaire a tué la confiance entre le général en chef et ses subordonnés, déjà atteinte ; cette épreuve, qui n’avait jamais été infligée à un chef militaire, a jeté l’inquiétude dans l’esprit du général Nivelle, pourtant impassible devant l’ennemi dans les circonstances de guerre les plus graves. Il importe de signaler les conséquences d’une conférence à laquelle le général Nivelle n’aurait pas dû se rendre et qui restera vraisemblablement unique dans l’histoire.


Conformément aux ordres du général Nivelle, l’offensive anglaise partit le 9 avril sous le commandement de sir Douglas Haig, l’armée Horne au Nord d’Arras, l’armée Allenby au Sud.