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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/244

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devait contribuer l’armée alliée de Salonique, portée à 23 divisions. L’appui mutuel que les Alliés s’étaient prêté au cours de l’année précédente devait continuer, et à cet effet des études de transport et d’emploi des forces combinées devaient être entreprises entre les États-Majors franco-anglais et l’Italie.

En conséquence, le général Joffre rédigeait dès le 27 novembre un plan général d’offensive. À partir du 1er février, les armées françaises devaient être prêtes à attaquer entre la Somme et l’Oise, en même temps que les armées anglaises entre Bapaume et Vimy ; à partir du 20 février, le groupe des armées du centre attaquerait à son tour en Champagne entre Pontavert et Reims.

La forme de ces attaques est définie dans une instruction du 16 décembre, fondée sur les expériences de Verdun et de la Somme. Elles devront s’effectuer sur un front aussi large que possible, viser l’enlèvement de la ligne d’artillerie ennemie, afin de désorganiser la défense par la prise de ses canons, se succéder dans le plus court délai, afin de profiter entièrement des résultats obtenus. Le combat de rupture est suivi d’une exploitation énergique et audacieuse ; c’est la puissance et la vitesse qui assurent le succès. L’idée de manœuvre, qui doit être indiquée dans le plan d’opérations, est réalisée par la répartition des moyens selon le terrain, les plus puissants étant réservés aux zones où la progression peut être la plus rapide. La préparation des attaques ainsi que l’accompagnement par l’artillerie est d’ailleurs étudiée à fond dans cette instruction ; mais elle indique nettement un changement de méthode et envisage la possibilité de parvenir à la rupture du front ennemi par l’action brutale, rapide, soigneusement étudiée et préparée dans les moindres détails. L’exploitation du succès est prévue, et sa rapidité doit déconcerter l’ennemi et devancer l’arrivée de ses réserves ; les attaques ont un objectif déterminé, mais elles ne sont plus contraintes de s’y limiter.

Le gouvernement de M. Briand était énergiquement partisan d’une offensive décisive pour le printemps de 1917 ; les milieux parlementaires s’y ralliaient. On y exagérait l’effet produit sur l’esprit public par la prolongation des hostilités, par la guerre d’usure ; on craignait que les sous-marins allemands n’empêchassent le ravitaillement de la France en vivres et en matières premières ; enfin l’entretien des effectifs de