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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/21

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engins complètement nouveaux comme le canon de 37 ou le canon de tranchée de 58 donnassent partout leur plein rendement.

L’emploi des engins modernes doublait donc la difficulté d’instruction, puisqu’il exigeait l’enseignement de procédés nouveaux et que, d’autre part, l’instrument ordinaire du temps de paix, le corps de troupe, était absorbé par la bataille. Certes le corps de troupe disposait de l’effectif et des terrains qui lui manquaient en temps de paix, mais les unités retirées du front ne restaient pas longtemps en arrière : à peine reposées, elles retournaient à la bataille pour relever d’autres unités trop éprouvées. Donc problème nouveau, plus compliqué et défaillance de l’organe normalement destiné à le résoudre.

Le problème fut vite saisi et la solution trouvée ; l’école se substituera au corps de troupe ; elle retirera du feu les individualités, gradés de tout ordre et spécialistes, elle les formera rapidement et les renverra dans leurs corps. La réalisation d’ailleurs marchait en même temps que la conception : du jour au lendemain, les écoles avaient apparu partout en arrière de toutes nos armées et même, ainsi qu’il convient en notre bon pays de France, avec un entrain qui tourna bientôt à l’emballement : fort heureusement le Haut Commandement était là pour battre la mesure et imposer la note juste.

La formation de nos cadres pendant la guerre apparaîtra par la suite comme une des manifestations les plus heureuses de notre haut commandement. De tous temps sans doute on a instruit des troupes au cours d’une guerre, mais toujours par le procédé simple qui consiste à les exercer pendant les longues accalmies entre deux périodes de combat. Jamais encore on n’avait donné à l’instruction une ampleur comparable à celle des opérations, une permanence répondant à la durée de ces opérations et, pour tout dire en un mot, jamais on n’avait traité l’instruction comme un des éléments essentiels de la bataille. Cette conception nouvelle propre à la guerre de masses et de machinerie, nos officiers l’ont eue tout de suite, et le haut commandement l’a incorporée dans ses plans de guerre au même titre que les conceptions de stratégie et de tactique pures.

Jamais en outre, on peut le dire, meilleure direction ne fut imprimée : l’instruction fut fondée uniquement sur l’expérience, et l’expérience la plus récente, la plus évidente. Toutes les initiatives provenaient de la ligne de combat ; dès que leur