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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 57.djvu/19

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Mais, à côté de cette constatation, les événements de guerre en mettaient immédiatement en évidence une autre de bien plus grande importance : ils révélaient une souplesse d’esprit raisonnée, une faculté de s’adapter aux nécessités surgies de la bataille, qui ne pouvait être que le fruit d’un long, d’un très long travail.

La guerre a toujours été grosse de surprises. La moindre modification dans le recrutement des troupes ou dans leur armement a des conséquences dont la portée déroute les prévisions humaines. La seule expérience qui permette, en effet, de mesurer exactement ces conséquences, est celle du champ de bataille ; toutes les autres sont incomplètes. Le polygone renseigne sur les propriétés balistiques d’un canon ; il est discret sur ses facultés d’emploi en campagne ; il est muet sur ses effets d’ordre moral. Les grandes manœuvres donnent des notions sur les fronts minima qu’exigent les masses fournies par le service obligatoire ; elles ne peuvent fixer sur l’extension que prendront ces fronts sous l’action impérieuse du feu. L’étude ne peut arracher à la guerre tous ses secrets ; elle restreint la part de l’inconnu, elle ne la supprime pas.

C’est ce que constatait le général de Négrier parlant à son État-major, en 1895, en des termes que j’ai retenus : « Il y aura plus de différence entre la prochaine guerre et 1870 qu’il n’y en eut entre 1870 et les campagnes du Premier Empire : le service obligatoire, la poudre sans fumée et l’armement à tir rapide poseront des problèmes que nous ne soupçonnons pas ; le début de la guerre sera une surprise pour tout le monde. Le vainqueur sera celui qui comprendra le plus vite, donc ce sera nous. »

Est-ce la réhabilitation du fameux « Débrouillez-vous » qu’on a tant reproché aux officiers de 1870 ? Tout au contraire. C’est affirmer l’obligation pour l’officier d’acquérir la faculté d’adapter les procédés de combat connus à une situation inconnue. Cette faculté s’appelle la souplesse d’esprit ; c’est elle qui résoudra le « Débrouillez-vous. » Or elle ne s’improvise pas, elle s’acquiert par un entraînement approprié. En 1870, nos officiers avaient négligé cet entraînement et ils ne se sont pas débrouillés ; en 1914, ils l’avaient pratiqué à bonne dose et ils se sont débrouillés.

Instruits par le malheur, les officiers français avaient, en effet, entrepris un effort de travail, qu’ils ont soutenu pendant