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Page:Revue des Deux Mondes - 1919 - tome 49.djvu/483

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chef. 11 a sa représenlalion à Félranj^er, et, à tout le moins, un embryon de corps diplomatique. Sans doute son aire territoriale était, sauf les lisières allemandes de la Bohême et les enclaves slovaques dans le royaume de Hongrie, moins malaisée à circonscrire que le domaine de l’État yougo-slave. Et puis les Tchèques avaient vécu depuis dçs années d’une vie nationale intense, qui leur fournit maintenant tout à point les cadres de leur vie d’Ktat. Il est regrettable qu’on n’en puisse dire autant de la Pologne. Elle n’a pas un gouvernement, mais deux ou trois, et perd son temps à débattre, sans le décider, lequel est le bon. Au lieu de s’unir dans sa résurrection, et pour sa résurrection durable, ses habitants se déchirent mutuellement de race à race : Polonais contre Lithuaniens, contre Oukraniens, contre Juifs. Même sur ce que la Pologne reconstituée devrait être matériellement, les partis ont une peine infinie et, au prix de cette peine, n’arrivent pas à s’entendre : les partis de droite étalent des ambitions immenses ; les partis de gauche. ne peuvent se concerter; jusqu’aux comités de propagande, qui se réfutent et se démentent les uns les autres. La Pologne a besoin de faire un grand effort pour vaincre cette fois la fatalité historique qui l’a autrefois perdue, guérir le vice qui, à lui seul, dans le passé, a rendu inutiles toutes ses vertus, les qualités les plus éclatantes, les plus héroïques, modifier en un mot sa diathèse naturelle qui a toujours contenu un grain d’anarchie. Elle en trouvera le secret dans l’action, si elle consent enfin à l’ordonner et à la diriger, comme elle a l’air de l’entreprendre en Posnanie.

Toutes les contrées du Nord, la Finlande, les provinces baltiques, n’ont pas- cessé d’être agitées. Il s’y fait et s’y défait sans relâche des États précaires, des gouvernements éphémères, qui passent et tombent. La Russie est un grand, effroyable et peut-être formidable mystère.

Bien plus encore que ce qui se passe à Berlin, nous ignorons ce qui arriveàPétrogradetà Moscou. Oii en est le bolchevisme, en son œuvre de boue et de sang? Est-il, comme on l’a dit, haletant, sur ses fins, ou, tout à l’opposé, a-t-il gardé et repris de la vigueur? De quelles ressources dispose-t-il? Puise-t-il dans les richesses publiques et privées, qu’il n’est point venu à bout de dilapider, avec des mains d’autant plus indiscrètes qu’il ne se soucie nullement de ne laisser derrière lui que des ruines ? Qu’est-ce que cette « armée rouge » qui serait en train de se constituer, et à propos de laquelle des officines cachées mettent en circulation des rumeurs fantastiques, des bruits