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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/946

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Construire des maisons ouvrières, dont l’occupant pourra devenir facilement le propriétaire au bout d’un certain nombre d’années, c’est là une fructueuse et noble besogne ; par-là la lutte contre l’alcoolisme se lie intimement à la question des logements sains : ce sont des armes étroitement jumelées dans le combat antituberculeux.

Tâcher de multiplier les usages industriels de l’alcool et des produits de la distillation, — on sait combien la fabrication des poudres a besoin d’alcool aux moments actuels, — voilà un autre côté de la prophylaxie antialcoolique et antituberculeuse. En y joignant la suppression du monstrueux privilège des bouilleurs de cru, qui fraude le pays et contribue à miner la race, on peut concevoir une série de mesures bienfaisantes sur lesquelles, après bien d’autres, avait insisté le docteur Jacquet dans un livre très étudié, dont la préface éloquente et persuasive était due à la plume du docteur Georges Clemenceau.

Pour prendre un exemple, assez éloigné de notre sujet, de ce mépris où l’on tient chez nous les prescriptions publiques relatives à la santé des citoyens, je ne veux citer que celui-ci : on sait que, depuis la guerre, le nombre des cas de rage a beaucoup augmenté sur le territoire, et que cette maladie, aujourd’hui complètement inconnue en Angleterre, fait depuis quelques mois des ravages grandissants chez nous.

On a rappelé maintes fois à ce sujet les décrets, lois et ordonnances relatifs au musellement des chiens : or, je dois avouer que, si j’ai vu souvent depuis un an, sur divers points du territoire, des agents de la force publique et des chiens non muselés se rencontrer et échanger même des regards, je n’ai pas vu une seule fois un des premiers s’emparer d’un des seconds ou de son propriétaire pour faire respecter les décrets de notre providence administrative. C’est que le pauvre sergent craint de tomber sur le toutou de quelque personnage influent de la mare électorale, et que ce soit lui qui soit finalement muselé.

Quand donc la loi, dura lex sed lex, que les magistrats de la république romaine appliquaient plus durement à leurs propres fils qu’aux inconnus, sera-t-elle appliquée chez nous ? Quand il y aura des sanctions sévères, inflexibles, inviolables.

Une bien curieuse et suggestive observation peut être d’ailleurs faîte en ce moment, au sujet de la sévérité, très variable d’une administration à l’autre, qu’il convient d’apporter aux choses qui touchent