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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/942

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guerre économisé 1 million d’hommes, et la vie y serait actuellement deux fois moins chère.


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Une première et grave question s’est posée à propos de la tuberculose. Doit-on déclarer cette maladie et rendre cette déclaration obligatoire ? Cette mesure, qui paraît a priori tentante pour diminuer les ravages de cette maladie, a soulevé et soulève encore les discussions les plus passionnées.

L’Académie de médecine s’est prononcée contre cette mesure. J’estime qu’elle a bien fait, pour les raisons suivantes :

Déclarer les cas de tuberculose n’aurait de résultat utile que si on les isolait. On ne peut, comme le remarque le professeur Robin, désinfecter le local habité par un tuberculeux que si on répète continuellement cette désinfection. Or, on ne peut songer à isoler, à faire vivre en parias tous les tuberculeux : ils sont trop nombreux. En dehors des nombreux individus qui meurent de tuberculose, il y en a un très grand nombre qui en sont atteints à un moment donné de leur existence, et qui guérissent spontanément. Par exemple Brouardel a constaté que plus de la moitié des individus ayant succombé à des morts violentes et autopsiés par lui présentaient des foyers de tuberculose généralement éteinte. Pareillement, le professeur Letulle a constaté 92 fois, sur 192 autopsies faites par lui, des traces de tuberculose ancienne.

Faut-il alors, restreignant le problème, n’exiger la déclaration que des tuberculoses ouvertes, autrement dit de celles des malades qui crachent et qui par-là sont contagieux ?

Cette déclaration faite, quelle en sera la conséquence ? Qui pourvoira aux besoins matériels et aux soins des innombrables, des centaines de mille tuberculeux désignés en parias à leurs concitoyens ? Il faut, comme disait je ne sais plus quel homme politique, sérier les questions. Il ne faut pas construire le 4e étage de la maison, alors que le rez-de-chaussée n’existe pas encore, car ce 4e étage serait dans le vide et tomberait lamentablement à terre.

J’ai dit plus haut que la première pierre de l’édifice antituberculeux, le premier terme de la lutte offensive et défensive contre le fléau est le grand air. L’État est-il disposé à supprimer les taudis nauséabonds où se contractent, se propagent et se perpétuent la plupart des tuberculoses ?

Sans doute la loi sur l’hygiène publique de 1902 donne mandat