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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/933

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l’autre, voici, demeurées fraîches et touchantes, de lyriques effusions. Il en est de brèves, il y en a qui se prolongent. D’un insipide et pseudo-mélodique duo s’élève tout à coup une mélodie véritable, enchanteresse : « Sorgea la notte folta. » En quelques mesures, purement chantantes, ce n’est qu’un appel à la pitié d’un père, mais dans la plaintive et poétique cantilène, le paysage se mêle à l’état d’âme, et la ferveur de la prière à la douceur de la nuit.

Et puis, et surtout, il y a, dans les Puritains, la scène de folie d’Elvira, et pour cette unique scène on peut oublier tout le reste, ou le pardonner. Parmi les nombreuses et trop souvent insupportables démentes qu’a chantées ou fait chanter la musique, il n’en est pas de plus touchante que l’héroïne de Bellini. Que ceux qui veulent connaître, ou, mieux encore, sentir la pureté, l’humanité d’un chant, que ceux-là relisent des pages où la voix, alors même qu’elle parle ou déclame, chante encore, toujours, où tantôt une longue phrase, tantôt un mot, un nom seul, reçoit de quelques notes, parfois de deux ou trois à peine, une valeur, une beauté d’expression et de sentiment infinie. En vérité, la polyphonie la plus savante, la plus riche, n’a rien de supérieur à cette voix seule et nue. L’orchestre d’un Wagner, fondant en une coulée sonore, — de quelle puissance et de quelle chaleur ! — ses motifs innombrables, ne nous émeut pas plus que la ligne unique, mais fulgurante, que trace, au-dessus du plus médiocre trémolo, le cri de la pauvre égarée : « O rendetemi la speme, O lasciatemi morir ! »

« Bellini, génie lyrico-dramatique, mais incomparablement plus lyrique que dramatique. » Les belles pages de son œuvre confirment constamment ce jugement. « Il faut, » dit M. Pizzetti, « chercher les caractères spécifiques, essentiels, du génie bellinien dans les passages où le pouls du drame bat plus rapide et plus fort ; là où l’ensemble plus ou moins complexe des événements antérieurs, là où le contraste plus ou moins profond des sentiments et des actes, détermine chez un personnage dramatique un état d’âme singulièrement important. »

Ailleurs encore : « Quand une volonté opposée, une force adverse, devrait s’affirmer, agir, et, par son affirmation, déterminer le choc et le drame, » alors, l’inspiration faiblit ou manque. Nous l’écrivions nous-même tout à l’heure : un étal, et non pas une action, et non pas un conflit, voilà le domaine, éminemment lyrique, du génie bellinien. C’est là qu’il s’épanche et se déploie : témoin, après la scène de folie des Puritains, la scène de somnambulisme, plus émouvante encore, qui termine la Somnambule. Notre confrère nous donne de ce