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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/932

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quelque soixante ans plus tard, le récitatif du dernier grand musicien d’Italie au XIXe siècle. « Canto puro ! » Les récitatifs de l’Otello, de Verdi, pour être quelque chose de supérieur, très supérieur à ceux de Norma, ne seront pas quelque chose de différent, encore moins de contraire. Parmi les discours lyriques du More ou de Desdemona, l’embarras ne serait que de choisir les types accomplis de cette forme, le récitatif, que les vrais maîtres italiens ont su remplir, autant que la cantilène régulière et symétrique, ou l’aria, de ce que notre confrère a raison d’appeler « la substance immortelle des sons. »

« L’aria, dit très bien M. Pizzetti, c’est « le développement d’un thème musical dans une forme plus ou moins strophique et fermée. C’est l’expression et comme la projection lyrique d’un moment significatif entre tous de la vie d’un personnage, ou mieux, de l’un de ses états d’âme les plus importants. » Voilà, dirions-nous à notre tour, — si les deux mots pouvaient s’allier sans contradiction, — la « matière spirituelle » des meilleurs chants belliniens. Ceux-ci représentent, expriment des états plutôt que des actions. Sans être immobiles, ils ne sont point agités. Ils ont je ne sais quoi de commun avec les lignes du dessin et les formes de la sculpture. Par eux le vœu de Goethe semble s’accomplir. On croirait qu’ils arrêtent l’instant, qui est si beau. Nous avons naguère, à propos de Gluck et de Rameau, cité, sans y souscrire, une observation de notre confrère M. Laloy : « Rien ne perd aussi tôt sa fraîcheur qu’une effusion lyrique, fût-elle la plus touchante du monde. » Bellini fournirait une excellente occasion de reprendre la même remarque ; pour y contredire encore. Telle effusion lyrique de Norma, de la Somnambule et des Puritains, est d’une fraîcheur immortelle et touchera toujours. Le dernier de ces trois opéras, qui passa dans le temps pour le plus « avancé, » n’a pas, à notre gré, conservé cette avance Bellini se déclarait enchanté de l’instrumentation : « J’ai orchestré comme un ange… Mon opéra est soigné, avec des accompagnements des plus délicats et nouveaux, avec des harmonies de bon goût… lesquelles, sans troubler la mélodie, donnent de l’intérêt au morceau. » Aujourd’hui les harmonies et l’orchestre des Puritains n’ont presque plus rien qui nous intéresse. Seul, un semblant d’orage symphonique, un raccourci d’orage, pourrait encore paraître une esquisse assez forte. L’œuvre, dans l’ensemble, s’est appauvrie et dépouillée. Trop de pages se suivent, d’une banalité languissante ou d’une éclatante vulgarité. Mais çà et là, faisant oublier l’une et