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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/929

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plus lyrique de tout notre XIXe siècle), et l’un des plus purs lyriques que le monde ait connus, un tel créateur devait concevoir l’art, non pas comme l’expression de tel ou tel conflit, ou encore de la vie livrée à un perpétuel devenir, mais comme le dénouement de certains draines, comme la conclusion purifiante d’épreuves sentimentales ; en conséquence, il devait comprendre aussi que pour lui la véritable forme de l’expression ne pouvait être qu’une : la forme linéaire, le canto puro. A cette forme unique, l’accompagnement de ses mystérieuses harmonies génératrices eût peut-être ajouté des lumières et des ombres, un surcroît de relief et de puissance expressive. Mais tout de même, c’est en elle seule, en ses lignes, en ses mouvements, en ses accents, qu’elle devait trouver chaque élément essentiel de sa beauté. »

L’expression de « canto puro » paraît à M. Pizzetti, comme d’ailleurs à nous-même, l’une de celles qui risquent fort, à cause, ou de leur brièveté, ou de l’usage, voire de l’abus qu’on en fait, d’être prises dans une acception trop étroite ou trop large, équivoque et même obscure. Aussi notre confrère a-t-il soin de préciser davantage. Par le « canto puro, » ce signe à la fois naturel et volontaire, ou choisi, du génie bellinien, il entend d’abord, — et cela va presque sans dire, — un dessin musical, une ligne de sons. Mais ce n’est point assez ; pour qu’il y ait chant véritable, un autre et double élément est nécessaire : en deux mots, dont le premier est un barbarisme qu’on excusera, c’est la vocalité et c’est l’humanité. Il faut que le chant, quelque instrument d’ailleurs qui l’exécute, nous donne cette impression, et nous la donne très vive, très profonde, qu’il est chanté par une voix humaine. A quelles marques reconnaîtrons-nous un tel chant, le chant par excellence ? A des caractères qu’on peut appeler intérieurs : à la puissance qu’il a de nous toucher, de nous émouvoir. Elle peut manquer, cette puissance, et elle manque en effet à d’autres lignes sonores, dont on pourrait citer un grand nombre. Celles-ci, belles néanmoins, admirables même, le seront alors différemment. Leur beauté, selon M. Pizzetti, sera pour ainsi dire une beauté que l’on voit (nous ajouterions volontiers : que l’on comprend). Tandis que la beauté du canto puro, du chant essentiellement vocal, humain, est plutôt une beauté que l’on sent.

Les exemples de l’une et de l’autre abondent chez les maîtres. A la fin du premier morceau de la sonate en sol majeur (op. 14) de Beethoven, M. Pizzetti signale une dizaine de mesures inattendues et singulières. « Le thème, de structure extrêmement simple, se