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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/787

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entrer dans les plaines du « vieux Don » avec un régiment sans fusils.

Un instant, je songe à reprendre le train pour Dolgintzewo, où je me joindrai à l’autre échelon du même régiment, dont on prétend que l’esprit est meilleur... Justement, voici l’échelon qui arrive. Je me présente au colonel. Je trouve un homme au désespoir : il me confie que ses hommes lui échappent, qu’il a totalement cessé de les avoir en main, qu’il n’y a plus rien à faire.


Le 14/27 janvier.

Cette nuit, à deux heures, nouvelle dépêche du commissaire de Znamenka :

« Les Bolcheviks d’Alexandrovsk veulent nous forcer à rendre nos armes. La prétention est absolument inadmissible. D’après les instructions que je viens de recevoir du grand Conseil de guerre du Don, je vous ordonne d’attendre à Nicopol, de vous emparer de la place et d’arrêter le Comité révolutionnaire local. Viendront vous rejoindre le 0e régiment du Don, le régiment des Tekintsi, et de l’artillerie. Ensemble vous marcherez contre Alexandrovsk. Ce n’est pas aux Bolcheviks à nous faire la loi, c’est à nous de leur dicter nos conditions. »

Un officier lit la dépêche aux Cosaques : force est bien de tout leur montrer, puisqu’ils osent prétendre que leurs officiers mentent. Cet officier est un bon jeune homme, d’une insuffisance lamentable. La scène à laquelle j’assiste alors, dans le plus pittoresque des décors, est une chose navrante. Dans la fantasmagorie d’un merveilleux clair de lune, les Cosaques se pressent autour du petit lieutenant. Des figures farouches; regardez-les de près : vous n’y découvrirez que mollesse. A peine la lecture est-elle commencée, c’est un feu roulant de ricanements, de réflexions insolentes et d’interjections hostiles. Cependant un certain flottement se dessine : peut-être tout n’est-il pas perdu. Les Cosaques veulent être sûrs que l’ordre émane vraiment du grand Conseil de guerre du Don, parce qu’il serait tout de même grave de désobéir. Que l’officier tire parti de cette indication, qu’il insiste!... Mais il ne sait rien dire et ne dit rien de ce qu’il faudrait. D’une voix blanche, il a lu la dépêche; et puis, c’est tout. Maintenant, son esprit semble ailleurs. Les agitateurs ont la partie belle : ils commencent à