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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/74

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10e territorial à Bellenglise et à Harly, il était jeté, le 29, en plein dans la bataille sur Urvillers, et c’est certainement ce corps de cavalerie qui, non sans pertes lourdes, fit, de ce côté, pencher la balance : « Le matin, à onze heures, la division avança sur le champ de bataille. Notre place était excessivement dangereuse. Nous étions sur une plaine de travers sans aucune couverture. En cinq minutes, notre compagnie, avait 5 morts, 43 blessés et 5 manquants. »

Enfin, Bülow reçoit un autre renfort, non moins précieux et qui doit achever son succès : c’est le Xe corps de réserve dont nous avons tracé précédemment l’itinéraire. Ce corps parti de Boue, le 28, a marché dans des conditions de hâle telles qu’il se battait vers Neuville-Saint-Amand, le 29. C’est le plein champ de bataille du côté de Saint-Quentin. Sans perdre une minute, il est porté sur Itancourt, c’est-à-dire au point précis où se trouve l’articulation du 18e corps français et des divisions de réserve et où l’offensive conjuguée fait plier la ligne allemande vers midi.

Nous citerons, sur ce point, un document allemand, le carnet de route du lieutenant Arthur Kutscher, appartenant à ce corps ; car il s’agit du nœud même de la bataille « pour Saint-Quentin. »


29 août. — Vers 7 heures, départ pour Itancourt. Des coups de, canon ; des obus passent en sifflant au-dessus de nos têtes. Partout nervosité… Pas d’ordre pour nous… Attendons. Puis nous recevons notre direction ; le bataillon marche abrité dans les fossés de la route jusqu’à la sortie du village (vers Urvillers). Une compagnie se développe ; les autres restent devant la hauteur. Des obus ! Les gens disent : « Mon lieutenant, il est impossible de rester ici. » Comme nous n’avons pas reçu d’autres ordres, nous restons. L’ordre arrive de se porter à droite, derrière trois meules de paille. J’y conduis la section. Le commandant s’y trouve. Des obus ! Par ordre, nous restons et nous attendons, tandis que deux compagnies se déploient à droite et à gauche. Un obus éclate à gauche, devant moi, et tue 5 hommes, en blesse 7. Ordre de rester. On s’enterre dans la paille et on se disperse le plus possible… Après être demeurés peut-être une heure dans la zone des shrapnells, j’occupe avec 80 hommes environ un chemin creux et un champ de raves pour couvrir le flanc droit. Mais cela va tout autrement à l’aile gauche (vers Itancourt). D’abord, de petits détachements des nôtres, puis de plus grands, reculent sous le feu croissant des fusils et des shrapnells français. A deux heures et demie, le front paraît se modifier. Tandis