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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/639

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Et ne faut-il pas, au moins, pour le définir, revenir à la formule dogmatique ? Comment présentera-t-on ce Christ dont, comme pasteur, on devra rapprocher lésâmes ? On fera lire l’Evangile, on le commentera, on ramènera le regard intérieur du catéchumène sur l’émotion religieuse qu’il ressent, on lui dira : Vous avez l’expérience de Christ, affinez la, complétez-la, et que cette expérience passe dans votre vie. — Mais, en fait, historiquement, est-il venu pour me sauver ? — Votre expérience ne vous le dit-elle pas ? — Mais, en fait, est-il sorti du tombeau ? — Ne sentez-vous pas, en vous, qu’il n’est pas mort et qu’il vit ? — Ainsi se déroule l’enseignement, comme un échange de deux interrogations, entre le catéchumène qui peut-être attendra des notions historiques, une vérité transcendante, et le professeur de religion qui, par une sorte de maïeutique, voudra conduire ce catéchumène à se faire à lui-même sa vérité.

Les Livres Saints eux-mêmes, dans ce nouveau genre d’enseignement, deviennent ; « soumis à la conscience, » par une formule qui, suivant l’expression d’un pasteur orthodoxe, fui pour l’Ecriture ce que fut la Révolution de 1789 pour la monarchie française. On a cessé de dire, comme la vieille théologie protestante, que les Livres Saints sont clairs. On traite de fausse une telle affirmation ; on déclare que, pour les humbles, pour les simples d’esprit, ils offrent des difficultés énormes ; que, dans les missions, il est bien difficile de les présenter aux sauvages. Mais va-t-on, en vertu même de ces expériences, se rapprocher du système catholique, d’après lequel l’autorité enseignante se fait l’interprète du livre ? Nullement. Quittant le terrain de l’intellectualisme, on déclare que la conscience est au-dessus de la Bible ; que la conscience la moins éclairée, la moins compétente, pourra toujours choisir, trier, ce qui, dans la Bible, captivera son expérience religieuse ; et la Bible n’aura d’autorité, pour les chrétiens ainsi formés, que dans la mesure où elle les satisfera.

« Tant qu’elle conserve la Bible, Genève est imprenable. On peut détruire les autres remparts ; le rempart biblique la défendra. Mais si la foi en la Bible s’en allait, si la brèche était faite, alors l’ennemi entrerait. Pour Genève, pour notre Genève (car elle est nôtre, et les chrétiens évangéliques, à quelque pays qu’ils appartiennent, sont toujours un peu de Genève), il y a ici une question de vie ou de mort. » La Genève du