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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/623

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signataires, le philosophe Ernest Naville, le pasteur Francis Chaponnière. Mais qu’importait à Carteret ? Il avait une doctrine d’Etat, il devait triompher. Le projet de loi que déplorait Loyson fut voté ; et, dès le mois d’octobre 1873, plus docile à subir le régime ecclésiastique contre lequel intérieurement il protestait, qu’il ne l’avait été à subir l’infaillibilité, Loyson consentit à devenir, par l’élection, un des trois curés de Genève. Il n’avait échangé la souveraineté du Pape que contre celle du Conseil supérieur de l’Eglise : il était offusqué, mais obéissant.

C’était la faiblesse de cette Eglise nouvelle de compter parmi ses parrains certains hommes à qui les considérations religieuses étaient parfaitement indifférentes et qui se servaient d’elle comme d’un outil politique. L’un d’eux, le député Héridier, se flattait en 1875 de ne jamais s’agenouiller et de ne jamais lire la messe, même vieille-catholique. « Je crois peu pour mon compte, disait-il, à l’efficacité de ces récitations, me bornant simplement à participer au culte dans ce qu’il a d’élevé, de fraternel et d’humanitaire, le considérant dans son état actuel comme le produit du siècle, que seule une organisation basée sur l’association religieuse populaire pourra modifier dans un sens conforme à la science et à l’esprit moderne. » Loyson, jetant un coup d’œil sur son petit troupeau, devinait à quelle irréligieuse désinvolture s’abandonnaient certaines âmes d’une pareille trempe : il en était triste. « Les éléments contraires que notre œuvre renferme, écrivait-il le 10 mars 1874, se heurtent sourdement, et le temps approche peut-être où il faudra une séparation. » Bien petit, certes, demeurait le troupeau, mais il était trop nombreux encore pour avoir la pureté, l’intégrité, la cohésion, la profondeur de vie intense que rêvait à certaines heures l’âme religieuse de Loyson.

Entre lui et Carteret, la séparation fut décidée à la date du 4 août 1874. Loyson, ce jour-là, donnait sa démission de curé de Genève. Quelques autres anciens prêtres le suivirent dans cette sécession, et parfois à Ferney Mgr Mermillod voyait arriver l’un de ces libérés d’avant-hier, désillusionnés d’hier, repentants d’aujourd’hui, qui réclamait un secours, un pardon, une porte de rentrée dans son ancienne Eglise.

Dès le 14 septembre 1874, les curés romains ayant refusé le serment que Genève leur demandait, toutes les cures du canton avaient été déclarées vacante… Il s’agissait, dès lors, de les