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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/617

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ne gardait plus aucun pouvoir sur la faculté de théologie : le pastorat devenait à peu près la seule profession qui ne fût plus admise à fixer des conditions d’aptitude, un programme d’enseignement, à ceux qui aspiraient à s’y faire accueillir. Le corps pastoral n’avait plus aucun droit sur lui-même : on pouvait devenir pasteur, dorénavant, sans avoir été consacré. Le corps pastoral, enfin, devait désormais être dépourvu de toute liturgie officielle ; et chaque pasteur pourrait prêcher ce qu’il voudrait, enseigner comme il voudrait. C’était l’anarchie légalisée ; c’était le désordre formellement introduit dans l’Eglise par l’Etat, pouvoir d’ordre. Et les regards des catholiques et des croyants de l’Eglise libre se posaient, de plus en plus interrogateurs, sur les consciences de l’Eglise nationale, consciences des fidèles, consciences des pasteurs.

Un paralysé, péniblement soutenu par des bras amis, fut un jour déposé chez Carteret : l’homme d’Etat reconnut sou ancien camarade, le pasteur Charles Chenevière, qui venait plaider pour la Compagnie des pasteurs ; la présence même de ce malade, universellement vénéré à Genève, devenait un plaidoyer ; mais Carteret fut insensible, et le courageux paralytique fut emporté, vaincu, mais s’étant une dernière fois dressé.

La loi, qui portait une si profonde atteinte aux assises de l’Eglise genevoise, fut si hâtivement présentée, si hâtivement soumise au vote populaire, que la Semaine religieuse de Genève, organe de M. le pasteur Francis Chaponnîère, déjà fort écouté dans le protestantisme genevois, n’eut même pas le temps de la discuter. La mainmise de l’Etat sur l’Eglise s’affirmait ainsi par un acte qui avait la prestesse insolente d’un coup d’Etat. Dans la majorité de 800 voix, qui, ratifia cette révolution, il y avait des citoyens nés catholiques, élevés catholiques, et non moins étrangers d’ailleurs à l’Eglise qui les avait baptisés qu’à cette autre Eglise qu’ils se mêlaient de transformer ; les catholiques-romains soumis à Mgr Mermillod s’étaient, d’après ses ordres, courtoisement abstenus de voter.

L’ancienne Eglise nationale-protestante de Genève, proclamait le pasteur Frank Coulin, a cessé d’exister. Il commentait la loi nouvelle, dictée par la théologie libérale aux hommes d’État radicaux :

Sur toutes les grandes questions qui touchent aux intérêts éternels de l’âme et du salut, le oui et le non, le pour et le contre, la vérité et