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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/549

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revue des nombreuses batailles livrées à travers les siècles, par les Français contre les Anglais. En cinquième page, « photographies » de Prisonniers français et anglais en Allemagne. Cette légende est ironique : les types photographiés sont tous des Hindous ou des noirs. En sixième page, une analyse de Trois ans de guerre boer, par le général de Wet ; en septième page, la reproduction d’un dessin de M. Sabatier paru dans l’Illustration : deux « poilus, » avenue des Champs-Elysées, croisent un jeune homme trop bien habillé et une jeune fille trop coquette : « Tu vois bien, dit l’un des soldats, que c’est pas de chez nous ! » En huitième page, des paysages allemands, des Vues de Bad, Nauheim, Regensburg ou « Ratisbonne, » dit la légende. Un texte constituant une publicité commerciale non déguisée accompagne ces vues des principales villes « artistiques » dont l’Allemagne est fière.

Un autre numéro donne de méchants vers sur les Quatre fils Aymon dans la forêt des Ardennes. Une photographie abominablement truquée représente Les évacués de Lille aux champs, sous la garde d’un soldat de landsturm : les jeunes femmes, trop bien habillées, ont des attitudes affectées ; elles sourient, — et voilà une réplique péremptoire aux terribles accusations des rapatriés ! On nous montre ensuite des Vues de Constantinople, le Trésor du Vieux Sérail à Stamboul, des Groupes d’évacuées du Nord qui semblent aller à la kermesse ou à la ducasse, une Vue des ruines de la Somme (la légende explique que le canon français seul a fait ces ruines) ; un portrait du Général Fayolle au front, une Vue de la Deutsche Bücherei, à Leipzig, effroyable et colossal bâtiment où semblent accumulées toutes les géométriques laideurs de l’âme allemande. Puis, ce sont des caricatures où l’Angleterre est tournée en dérision ; des « photos » d’une représentation théâtrale donnée par des prisonniers français dans leur camp, et où les acteurs jouant des rôles féminins, en jupe et en corsage décolleté, ont posé devant l’objectif avec des expressions de physionomie équivoques. Il est visible que ces prétendus « prisonniers français » sont d’authentiques Allemandes.

Les autorités militaires allemandes se sont-elles fait illusion sur la portée réelle de cette propagande ? Malgré tout le développement qu’elles ont donné à la Gazette des Ardennes, nous ne le pensons pas. Il faut avouer, cependant, que l’immonde