Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/51

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


manœuvre de Joffre lui opposait. Le corps de cavalerie du général Sordet, les divisions territoriales du général d’Amade renforcées par deux divisions de réserve, la 61e (général Virvaire) et la 62e (général Ganeval), ayant allongé, à sa droite, la ligne de front de l’ennemi, il résolut de les englober dans son mouvement tournant : par un nouveau bond vers l’Ouest, il se précipita de Cambrai sur Péronne, en direction d’Amiens et Montdidier. Mais Joffre avait, à son tour, préparé dans le plus grand secret une autre riposte : et, quand l’armée von Klück se présenta sur la Somme, elle trouva dans cette région, à Proyart, des divisions de l’active auxquelles, certes, elle ne s’attendait pas : c’était l’armée Maunoury qui, à peine constituée, entrait en ligne. Les carnets de route allemands constatent la surprise et l’émotion : « Pour la première fois (note aussitôt l’intelligent officier Kietzmann) nos troupes se sont trouvées, aujourd’hui, en présence de troupes françaises de l’active, opérant devant nous, sur un front étendu et qui avaient pour mission d’arrêter notre marche, en utilisant merveilleusement le terrain. » C’est l’apparition du 7e corps venu des Vosges.

On peut s’imaginer les pensées qui, à ce coup, traversent l’esprit du général allemand ; son armée s’est allongée indéfiniment vers l’Ouest ; elle s’allonge encore et elle s’amincit en se distendant. Or, voilà qu’une barrière imprévue se dresse devant elle… D’où viennent ces troupes ? Que sont-elles ? Quelles sont les raisons de leur présence et les projets de l’adversaire ? (Ne pas oublier que Paris est derrière, avec son inquiétant mystère.) Faut-il passer outre, et pousser toujours plus loin la manœuvre d’encerclement ?

Et voici qu’une autre difficulté plus grave encore et plus complexe surgit. L’armée Bülow qui, jusqu’ici, a accompagné l’armée von Klück et l’a soutenue dans sa marche vers l’Ouest, qui a la garde de ses communications et qui fait toute sa sécurité vers l’Est, l’armée Bülow est obligée de s’arrêter soudain : elle est attaquée, elle aussi, en pleine marche et, bien loin d’apporter du secours, elle en réclame : la bataille de Guise Saint-Quentin va commencer.


Revenons à l’armée Bülow ; car c’est elle et la 5e armée française (général Lanrezac) qui vont se trouver, maintenant, sur le devant de la scène.