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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/450

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par le fait que nos divisions, mises au repos dans ce secteur après la bataille du 21 mars, se trouvaient en voie de recomplétement. Du 27 mai au 4 juin, c’est-à-dire pendant neuf jours, l’infanterie ennemie gagne du terrain par ses propres moyens, les divisions fraîches prolongeant l’effort de jour en jour, comme il est prescrit. Le 5, le maximum d’extension est acquis. Les Allemands, au centre, ont gagné 60 kilomètres en profondeur, sans trouver d’opposition sérieuse. Ils ont atteint la Marne à Château-Thierry et à l’Est de cette ville. Leurs efforts pour élargir la poche en largeur se sont heurtés au contraire à de vives résistances. A gauche, Reims n’a pu être pris, et la ligne est descendue légèrement au Sud de la route de Reims à Dormans. A droite, l’ennemi a pu s’aligner à l’Aisne, prendre Soissons, mais a dû s’arrêter aux lisières de la forêt de Villers-Cotterets. L’arrivée de nos réserves s’est faite avec des difficultés plus grandes, à cause de leur éloignement dans l’Ouest.

Il est permis de conclure encore une fois que le temps gagné par l’ennemi par le fait de la surprise et entièrement mis à profit, lui permet d’accomplir une progression qui varie entre 50 et 60 kilomètres. La nouvelle méthode de percée, poussée à sa perfection, est impuissante à entraîner la désorganisation totale d’un front défensif.


LE MORAL FRANÇAIS

Dans un pays moins résolu à vaincre et moins persuadé que la France de sa victoire finale, la bataille du 27 mai, succédant à celle du 21 mars, eût produit une dépression morale désastreuse. Mais une nation n’a pas en vain derrière soi dix siècles d’histoire glorieuse. Cette confiance, plus forte que les faits eux-mêmes, c’est bien là l’impondérable dont l’intervention inattendue déconcerte les calculs de l’ennemi et change la fortune.

Une chose contribuait à nous soutenir : la certitude que, dans quelques semaines, les Etats-Unis, dont les contingents affluaient, pourraient efficacement participer à la lutte. La vaillance des quelques unités américaines déjà engagées et leur aptitude naturelle à la guerre avaient été une-révélation. Surtout la jeunesse magnifique de ces soldats augmentait l’espoir qu’on fondait sur eux. La France, une fois de plus, allait donner la preuve de sa merveilleuse vitalité. Cette