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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/435

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possible. La puissance du feu d’artillerie est telle désormais qu’aucune cuirasse bétonnée ne résiste à l’assaillant. Les abris-cavernes, défoncés par les obus, deviennent « des pièges à hommes » et la bataille de la Malmaison le leur montrera mieux encore. Tout obstacle repéré est détruit. Il faut donc dissimuler la fortification, éviter de lui donner une forme continue, la rendre invisible à la photographie. L’ennemi camoufle ses lignes, multiplie les fausses organisations, fragmente sa défense ; on utilise les entonnoirs creusés par les projectiles en avant des premières lignes et les soldats s’y entassent dès le début du bombardement. Moins repérables, ils sont moins vulnérables. Ces dispositions ont pour but principal de laisser ignorer à l’ennemi où se trouve le cœur de la résistance et de l’amener à disperser ses munitions.

Pendant la bataille des Flandres, les Anglais se trouvèrent aux prises avec ces difficultés nouvelles. Conduite avec beaucoup de méthode, pour la possession d’objectifs rigoureusement limités, cette longue offensive ne parvint pas, malgré tout, à débloquer la côte belge, à quoi, en fin de compte, elle tendait. Mais le commandement allemand n’eut pas lieu d’être satisfait des dispositions prises par lui. L’émiettement de la défense avait l’inconvénient d’isoler le combattant, de rendre la tâche des chefs difficile. L’accumulation des hommes dans les champs d’entonnoirs augmentait le chiffre des prisonniers. Tout en retenant la nécessité de camoufler les positions, de les masquer aux vues dus observateurs en avions, de créer de faux emplacements de batteries et des tranchées postiches, l’ennemi revient à la fortification continue, au groupement des défenseurs qui ne font besogne utile que bien encadrés et tenus en main.

Ainsi, à chaque offensive, la difficulté augmente. L’assiégé trouve une parade qui annule les progrès réalisés par l’assaillant. Tout le génie des belligérants s’épuise à inventer incessamment des procédés nouveaux pour avancer ou pour tenir et surtout pour se détruire. Ce ne sont que tours de main, qu’on évente peu après. L’armement varie à l’infini. L’artillerie augmente la portée et le calibre de ses canons, la force de ses projectiles, nuance ses tirs selon chaque circonstance : tirs de barrage, d’efficacité, d’encagement, de destruction, d’anéantissement, de contre-baller.ics, de neutralisation, de harcèlement, de représailles, etc… La puissance du feu d’infanterie s’accroit