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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/431

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Cette idée de l’impuissance des moyens militaires pour obtenir la décision a pénétré si avant dans les esprits, qu’on voit déjà apparaître la théorie de l’inviolabilité des fronts et que l’on cherche à mettre en jeu d’autres facteurs. Nous resserrons le blocus économique autour de l’Allemagne dans l’espoir de la voir capituler par la faim. Celle-ci compte sur la guerre sous-marine, sur la révolution sociale, sur la trahison, et s’efforce d’obtenir des défections parmi les Alliés.

En attendant, le fer est engagé et l’on se bat. Les Alliés préparent fiévreusement leur offensive de 1917.

Ludendorff, pour y parer, va user d’un procédé énergique. Il va refuser la bataille, abandonner le terrain menacé et se replier sur une ligne préparée d’avance. Qu’un simple recul de quelques kilomètres puisse annihiler quatre mois d’efforts, et rendre inefficaces d’immenses préparatifs et une accumulation d’engins redoutables, cela montre l’infirmité de la guerre moderne. Prisonnières de leur matériel, les armées ont perdu toute mobilité. Sans matériel, elles perdent toute leur puissance.

Dans la pensée de Ludendorff, décidé à rester sur la défensive sur le front occidental, ce repli lui faisait gagner du temps et ménageait ses forces, tout en lui épargnant une défaite inévitable. Grâce au prestige d’Hindenburg, ce recul, qui en tout temps a paru un aveu d’infériorité, passa en Allemagne pour une manœuvre géniale. Enfin c’était une mesure de sécurité. La ligne sur laquelle nos ennemis étaient fixés à la fin de la bataille de la Somme était improvisée et précaire. Le saillant de Noyon nous offrait une prise favorable. Or, le choix du champ de bataille étant la condition première du succès, Ludendorff transportait la lutte sur le terrain qu’il avait choisi. Ainsi, il tâchait d’échapper à la fatalité de cette guerre de positions en revenant aux principes de la stratégie.

Il semble d’ailleurs qu’à cette époque un vent de libération ait soufflé sur les états-majors. Le commandement français a une autre conception de la bataille de rupture. Fort des expériences du 24 octobre et du 15 décembre à Verdun, où en deux journées nos troupes avaient enlevé 8 à 10 kilomètres de terrain fortifié, conquis Douaumont et Vaux, Bezonvaux et Louvemont, et ramassé 16 000 prisonniers, le commandement revient à la doctrine de la victoire par l’audace et la valeur combative du soldat. Tout en laissant au canon le soin d’ouvrir le passage