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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/426

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exterminé. C’était une guérilla sans merci ; chaque colline, chaque ferme, chaque village résistait pour son compte et devait être pris morceau par morceau. Et la victoire la plus complète dans ce genre n’en laisserait pas moins subsister l’armée ennemie qui, sur des centaines de kilomètres, serait prête à offrir la même résistance. Il a fallu que la haine de l’envahisseur, la convoitise des conquérants, et par-dessus tout l’honneur militaire et le sentiment du devoir fussent bien forts pour que les combattants aient pu se disputer sans se lasser, pendant des mois, des bicoques comme la Maison du Passeur, des collines médiocres comme les Éparges.

Mais la conception des grands desseins ne devait se former que lentement dans l’esprit des chefs. Et peut-être ces sacrifices sont-ils de ceux qui trempent les armées et les rendent capables d’entreprendre les luttes décisives.


L’échec des Allemands à Verdun comportait un enseignement dont nous avons su profiter. La bataille de la Somme, commencée le 1er juillet, est une application plus large de la méthode de rupture par l’artillerie.

L’attaque en direction générale de Cambrai visait à atteindre la grande voie de communication qui alimentait tout le front du Nord. Un dessein stratégique présidait à l’opération. En attaquant sur 40 kilomètres, les armées franco-anglaises espéraient que l’ennemi ne pourrait amener assez de réserves dans le temps voulu pour aveugler une si vaste brèche. Les masses d’attaque faisant irruption à la fois, avaient chance de trouver un secteur faiblement garni ou plus mal défendu qui ne pourrait s’opposer au passage. La percée ainsi réalisée, les troupes assaillantes, franchissant la zone des positions fortifiées, débouchaient en terrain libre, se rabattaient derrière les parties du front qui tenaient encore, coupant les communications, provoquant la déroute des forces ennemies prises a revers. L’adversaire chassé de ses terriers se voyait forcé de livrer bataille eu rase campagne, dans des conditions d’improvisation qui rendaient sa défaite certaine… Telle est assez bien la conception de la percée victorieuse que le public français a nourrie pendant cette période de stagnation. Qui de nous, à chaque nouvelle offensive,