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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/366

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on croit voir surgir devant tous les yeux, par-dessus toutes les têtes, l’éternelle Pastoure de ces montagnes, la bergère, qui s’en va derrière son troupeau, avec son peloton de laine à la main, son capulet ou son voile noir flottant sur les épaules. Mais, tout de suite, la vision s’achève en un éblouissement : on sait bien que cette « Maria de Font-Romeù, » c’est aussi Marie-du-Ciel.


* * *

Et maintenant que j’ai dit pour sa louange tout ce que mon cœur me suggérait, je veux à mon tour, comme tous ceux qui s’en vont, chanter ma « despedida, » mon chant d’adieu à cette Madone rustique de Font-Romeù, à cette Paysanne qui est une si grande Dame, plus grande que toutes les grandes dames du monde. Et je lui dirai : « Bonne Madone, vous m’avez donné trois choses qui sont sans prix : la santé, la paix, la pureté spirituelle, je veux dire cet état de grâce, auquel on n’atteint que quelquefois dans une vie humaine et pour quelques instants, lorsqu’on touche aux cimes, lorsqu’on sent passer sur soi, en un grand souffle terrassant, l’Esprit mystérieux des Présences qui habitent sur ces hauteurs. Je fais vœu de revenir à votre sanctuaire pour y retrouver peut-être quelque chose de cette exaltante influence, et aussi pour y célébrer cette Victoire, si longuement, si fermement attendue, au milieu des douleurs, des déchirements et des larmes, et dont l’aurore commence à resplendir. Jusque-là, comme les pèlerins et les hôtes de ce pays qui s’en retournent, l’âme en repos et le corps allégé, comme ces soldats qui partent, — vers la gloire, vers la mort ? qui sait ? — en tout cas, vers les humbles devoirs dont une vie est faite, — « je laisse ici mon esprit et mon cœur : »

y esperit y cor, les deixo
Posats en Font-Romeù !


LOUIS BERTRAND.