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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/364

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départ. Avec quel accent on chanta autour de lui le dernier couplet du « goïg » dont les simples vers empruntaient des circonstances une signification pathétique et solennelle, subitement évidente pour tous :

Je veux vous donner ma vie.
Mon esprit et mon cœur, je les laisse
Déposés à Font-Romeù !

La vita os vull donar,
Y esperit y cor les leixo
Posats en Font-Romeù !…


* * *

Mais la plus émouvante de ces cérémonies, c’est assurément la grand’messe du dimanche. On y assiste en foule : la chapelle est pleine. Beaucoup doivent rester sur le seuil. De vieux hommes et de très jeunes gens, des jeunes filles, des femmes, voilà toute l’assistance, — la plupart de celles-ci vêtues de noir. Ce pays de richesse et de joie est en deuil comme les autres pays de France. La guerre a durement fauché parmi les frères, les maris, les fiancés de celles qui sont là. Elles commencent par donner un pieux souvenir à ces soldats, par prier pour les vivants et les morts. Si elles pouvaient les oublier, les graves enseignements du prédicateur les leur rappelleraient bientôt. Celui qui parle est un prêtre mobilisé, un dominicain en uniforme, un jésuite professeur de philosophie. Ces lettrés, ces intellectuels, tout en offrant à leur auditoire les hautes idées et les consolations qui lui conviennent, savent trouver aussi les paroles qui touchent les cœurs des humbles… Puis, cette commémoration funèbre achevée, on se retourne aussitôt vers l’antique Auxiliatrice du pays, vers la bonne vieille madone pour laquelle on est venu. On peut dire que tout l’office lui est consacré.

D’un bout à l’autre de la messe, on lui chante les cantiques qu’elle aime, et d’abord ses plus belles hymnes latines, le Salve, regina, le Regina cœli, l’Ave, Maris stella, mais surtout ses vieux chants de jubilation, ces « goïgs, » qui, pour les Catalans, sont de véritables chants nationaux, comme le « Pardal » ou « Montanyas regaladas. »

Dès que les premières notes du cantique résonnent à l’harmonium, il faut voir de quel mouvement l’assistance se lève, de quel élan bondit la première strophe vers le grand retable