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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/350

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et processionnellement jusqu’à l’ermitage de Font-Romeù, à travers des petits chemins montagneux tout hérissés de cailloux et jalonnés de place en place, par des croix de pierre et des niches rustiques. La chapelle du miracle ne possède qu’un double de la madone de l’Invention.

Malgré cela, Font-Romeù est le vrai centre religieux de la contrée. Son nom veut dire, en catalan, la Fontaine du Pèlerin. Du moins est-ce ainsi qu’on le traduit d’habitude. Mais peut-être ce nom de « Romeù » est-il celui du bouvier qui trouva la statue. Romeù, c’était, au moyen âge, le terme générique par lequel on désignait tout pèlerin de Rome, comme chez les musulmans, le mot hadji désigne tout pèlerin de la Mecque. Puis ce mot finit par ne plus rien signifier, par devenir un simple nom de famille. Le gardeur de bœufs qui « inventa » la madone était-il allé réellement à Rome ou à Saint-Jacques de Compostelle, ou bien s’appelait-il « Romeù » comme « le gars de la plaine » qui composa la chanson du « Pardal, » ce chant national des Catalans ?…

Sachez que la chanson fut composée
Par un gars de la plaine,
Nommé Gentil Romeù.

Quoi qu’il en soit, cet endroit privilégié était marqué de toute éternité pour devenir la « Fontaine du Pèlerin. » Une source, une prairie, les ombrages d’une forêt, il n’en faut pas davantage, sur ces hauts lieux, pour fixer les errants. Tels sont les simples attributs de tout pèlerinage. C’est presque toujours une oasis de fraîcheur et de verdure dans quelque désert aride et stérile. Celui-ci est éminemment un lieu de repos pour l’esprit aussi bien que pour les sens. Dès la plus haute antiquité, les paysans d’Odello l’appelaient la Calma, c’est-à-dire l’endroit où les troupeaux se reposent, où les vaches se couchent pendant les ardeurs de la méridienne : un vallon paisible, ruisselant d’eaux courantes et jaillissantes comme perdu dans la grande forêt de pins qui recouvre toute la montagne.

Ces vastes étendues boisées sont moins une forêt qu’une brousse coupée de pâturages. Pour des yeux du Nord, habitués, par exemple, aux bois de haute futaie, comme on en voit en Lorraine, ce serait une déception que de chercher ici une forêt. Nos chênes lorrains atteignent à une stature, à une vigueur de