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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/347

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à une autre Vierge de delà les Monts, la célèbre Notre-Dame de Nuria ; un peu plus bas, Notre-Dame d’Odello ; plus bas encore, Notre-Dame d’Err ; Notre-Dame d’Égat, Notre-Dame des Escaldes ; et, à l’entrée de la vallée, du côté de la France, Notre-Dame de Planés… Mais on ne peut pas les nommer toutes. On ne les connaît même pas toutes. Car il doit y en avoir d’oubliées, d’enterrées dans les recoins sombres de plus d’une sacristie ou d’une chapelle croulante.

Ce pullulement de sanctuaires est dû tout d’abord à des circonstances très spéciales. Lorsque les Francs expulsèrent les Arabes de la Septimanie et les rechassèrent de l’autre côté des Pyrénées, l’exultation de la délivrance secoua tout ce pauvre pays désolé. Ardemment, il se remit à vivre de sa vie chrétienne et nationale d’avant l’invasion. On purifia les églises transformées en mosquées, on releva celles qui avaient été détruites ou incendiées ; on déterra pour les y apporter, les objets du culte, les images pieuses qu’on avait cachées, à l’approche de l’envahisseur. Entre toutes ces images, celle de la Vierge excitait une dévotion particulière, parce que c’est contre elle surtout que s’était acharné le fanatisme musulman. Les « inventions » de madones ensevelies se multiplièrent dans la contrée, et, la plupart du temps, de façon identique. C’est toujours la même naïve histoire : un bouvier qui garde ses vaches dans la montagne et qui finit par remarquer l’obstination avec laquelle un taureau ou un bœuf laboure le sol de ses cornes, à un endroit toujours le même. Les villageois avertis par le bouvier suivent docilement les indications de l’animal. On creuse à l’endroit foulé par le bœuf ou par le taureau, et l’on découvre la statue antique et vénérable : précieux dépôt enterré par les ancêtres, ou présent du ciel ? On ne sait trop. En tout cas, « l’invention » touche au miracle. Pour en remercier la bonne Vierge, comme de sa protection contre les Infidèles, on lui bâtit une chapelle ou un ermitage. A une certaine époque, il y en eut par toute la Cerdagne. Ce furent les églises de la rédemption.

Que ce sentiment de piété et de reconnaissance se soit soutenu pendant tant de siècles, que, jusque dans des hameaux misérables, il se soit traduit par un périodique déploiement de pompes et de cérémonies religieuses, qu’il ait fait éclore par toute la région une foule de sanctuaires décorés avec faste et