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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/301

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abandonne ce fameux projet de mouvement tournant, cette marche enveloppante sur Paris à laquelle le haut Etat-major général avait tant sacrifié.

Les raisons qui déterminent von Moltke et von Klück sont là patentes : von Klück est attaqué sur la Somme par Maunoury le 29, von Bülow est attaqué sur l’Oise par Lanrezac le 29 et est battu à Guise. Le Grand Quartier général allemand qui, d’ordinaire, conçoit tôt et comprend tard, a compris, enfin, la témérité de sa conception géniale. Le doute naît dans les esprits.

Déborder l’armée française par sa gauche et l’envelopper, c’est une tentative plus que téméraire avec les effectifs dont on dispose ; mais, prétendre la bousculer sur Paris et l’acculer ainsi à un Metz ou à un Sedan, c’est une entreprise tout à fait folle.

Nous avons, maintenant, sur ce point, les aveux les plus nets de l’Etat-major allemand : il n’a pas craint de les rendre publics, au moment où il méditait la nouvelle offensive sur Paris, l’offensive de 1918, calquée sur la première, mais avec des effectifs considérablement augmentés. C’était encore l’enveloppement par Montdidier et la route d’Amiens-Paris ; c’était encore la pointe sur Compiègne et Villers-Cotterets ; c’était encore la « Manœuvre de Fismes, » mais élargie jusqu’à envelopper Reims.

Comme, cette fois, on était sûr de soi et qu’on voulait donner confiance à l’opinion, fatiguée malgré tout par la prolongation de la guerre, on fit publier une brochure, due au sous-chef d’État-major Freytag-Loringhoven, contenant, tout ensemble, le blâme du passé et l’assurance du succès pour l’avenir : «… Puisqu’on faisait la guerre de masses (Masscnkrieg), dit cet auteur, il fallait la supériorité du nombre, et c’est ce qui manqua à l’exécution du plan allemand. Le comte de Schlieffen avait reconnu, d’avance, que cela serait absolument nécessaire. C’est à ses efforts constants pour préparer l’Etat-major à la « guerre de masses » qu’il faut attribuer une grande partie de nos succès. Son successeur, le colonel-général de Moltke, s’est tenu fermement à la pensée du maître… Mais l’offensive allemande de septembre 1914, pour l’écrasement de l’ennemi, N’A PAS ETE ASSEZ FORTE… Il eût fallu, pour que l’offensive réussît à la Marne, une autre armée qui aurait suivi, échelonnée derrière l’aile droite. Ce genre d’opération exige des masses indéfiniment renouvelées… »

Telle est donc la critique, la critique avouée et presque