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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/298

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effroyables, à chaque tournant de route, à chaque passage de rivière, de redoutables rencontres avec l’ennemi. Toutes les privations, ni arrêt, ni sommeil et toujours cet affreux 751

Malgré les soûleries ignobles et la détente du meurtre et du pillage, une immense lassitude, une horreur, un dégoût commencent à se propager dans les lignes ; de cela tous les carnets, écrits à partir de cette date, portent témoignage : cette formidable manœuvre du « mouvement tournant, » entreprise avec une telle méconnaissance de la limite des forcés humaines et de la valeur de l’adversaire, est en train d’échouer, on le sent : du haut on bas de l’échelle, l’assurance tombe, l’inquiétude naît dans les cœurs et commence à apparaître sur les visages…

Et ce sont ces corps, à peine relevés de la bataille de Guise, que l’implacable volonté du haut commandant allemand allait livrer pantelants aux coups de Franchot d’Esperey et de Foch, à la bataille de la Marne !


Quant aux conséquences stratégiques, elles se développent conformément aux ordres donnés par le général Joffre et à l’Instruction générale du 25 août : l’armée anglaise sauvée, la ligne de front maintenue dans le camp français, et, par contre, la séparation s’accentuant entre l’armée von Hausen et l’armée von Bûlow, séparation qui deviendra bientôt, pour l’armée allemande, l’une des causes marquantes de sa défaite sur la Marne.

Mais une autre conséquence, résultant de l’étude des faits ultérieurs et qui, jusqu’ici, n’a pas été mise en lumière, justifierait, à elle seule, la décision qu’avait prise Joffre de livrer la bataille de Somme-et-Oise.

Il est possible d’établir, maintenant, que cette bataille, la bataille de Saint-Quentin-Guise-Proyart, eut pour effet de contraindre le général von Klück d’arrêter son mouvement Vers l’Ouest et de renoncer à la marche sur Paris, et cela à partir du 31 août-1er septembre.

Ce brusque changement dans la direction des corps de l’armée von Klûck, constaté par les avions français, ne fut connu de l’armée de Paris que le 3 septembre : on sait avec quelle émotion et quelle joyeuse surprise Gallieni le signala à Joffre. Tout le monde sait aussi que cette concentration de l’armée von Klück vers l’armée Bülow et vers l’Est décida de