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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/297

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allemand. Le mensonge est la règle, dans la victoire comme dans la défaite.

Il fallut déchanter pourtant quand on eut une connaissance plus exacte des faits. A l’heure actuelle, personne, même en Allemagne, ne compte plus la bataille de Guise Saint-Quentin comme une victoire indiscutée.

Stegemann, dans son récit, d’ailleurs incomplet, porte sur elle un jugement modéré. « La bataille avait duré deux jours, dit-il, ayant que les Français, presque victorieux à droite, mais tournés à gauche, abandonnassent le combat et tentassent leur retraite par les routes conduisant au-delà de l’Aisne… » A cette appréciation il manque cependant deux choses capitales : une vue précise sur l’effet produit dans le camp allemand, et, ce qui est plus important encore, l’indication des conséquences stratégiques qui, dès lors, pesèrent sur le développement de toute la campagne.

Le Xe corps et le corps de la Garde, déjà si éprouvés à Charleroi, s’arrachèrent à demi détruits à la bataille de Guise. Nous invoquerons, sur ce point, deux témoignages d’origine allemande. Un lieutenant du 26e d’artillerie, qui appartient au Xe corps, dit un peu plus tard :

Le Xe corps est constamment sur la brèche depuis le début de la campagne. Presque tous nos chevaux sont tués ; nous nous battons tous les jours, de 5 heures du matin à 8 heures du soir, sans interruption.


Et un autre officier, appartenant à la Garde, dira à son tour :

Mon régiment est parti avec soixante officiers ; il n’en compte plus que cinq. Plus de deux mille soldats sont hors de combat. Mon régiment n’est plus qu’un débris. Nous traversons des épreuves terribles.


Tels sont les effets de ces combats en coup de boutoir que Joffre avait conçus comme devant accompagner et soutenir sa retraite.

Non seulement les pertes allemandes sont lourdes, mais l’effet moral est profond : le haut commandement avait promis au soldat la victoire en coup de vent, une manœuvre à tire-d’aile enlevant les armées jusqu’à Paris. Et c’était la lutte ardente, pied à pied, acharnée ; c’étaient, après des marches