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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/275

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persécuteur des bons patriotes. On lui reprocha, sur l’accusation d’un certain homme de lettres, Thiébaud, d’avoir correspondu secrètement avec Noailles et Narbonne, frappé d’injustes violences les clubs des Jacobins et du Miroir, protègé les prêtres insermentés et manque de civisme [1]. On renouvela contre lui l’accusation d’être un émigré [2]. Et l’on admit, sans preuve aucune, et malgré les dénégations les plus formelles, toutes ces fausses accusations. Le lendemain, Dietrich fut amené devant Armand-Martial Hermann, président du tribunal révolutionnaire, et les juges Ignace François-Joseph, Douzé, Verteuil, Subleyras, Gabriel Toussaint et Scellier, Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, et Anne Duran, commis greffier, assistés de douze jurés. Le procès-verbal dit que l’accusé s’appelle Guétry. On ratura plus tard ce nom pour y substituer le nom de Dietrich. On interrogea le maire de Strasbourg sur ces deux questions, puis on consulta les jurés sur le même sujet :

« A-t-il existé des manœuvres et intelligences avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la Révolution ?

« Frédéric Dietrich, ci-devant noble et maire de la commune de Strasbourg dans la Révolution, est-il convaincu d’avoir opéré ces manœuvres et d’avoir eu ces intelligences ? »

Et le procès-verbal a l’audace de constater que la déclaration du jury est affirmative sur tous les points. Il faut dire que les questions avaient été précédées de l’acte d’accusation rédigé grosso-modo par Fouquier-Tinville qui, sans se donner la peine de chercher de nouveaux griefs, lui appliquait ceux qu’il avait déjà appliqués à tant d’autres, c’est-à-dire conspiration contre la sûreté de l’Empire français, correspondance avec les ennemis de la France, faux patriotisme, complicité avec Louis Capet, ligue contre les amis de la Liberté et de l’Egalité, protection des prêtres rebelles, relations avec La Fayette, persécution d’honnêtes citoyens, défense des émigrés, etc. tous faits démentis par le procès de Besançon et repris arbitrairement par le tribunal révolutionnaire. Dietrich avait repoussé tout cela devant le juge Foucault, et ce misérable n’en avait tenu aucun compte. L’arrêt, rédigé par

  1. Archives Nationales, W. 305.
  2. Dans une note y relative, on lit ces quelques mots : « Il ne s’est trouvé aucune pièce. » (A. N. F7 5195.)