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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/267

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Dietrich avait passé les derniers jours d’août dans les forêts et montagnes du Jægerthal en compagnie de sa femme dévouée, puis se rendit à Bitche. En cours de route sur Sarreguemines et Metz, il apprit que l’Assemblée avait décidé son arrestation provisoire et que ce n’était pas une justification qui lui serait permise, mais son renvoi prononcé devant des juges résolus déjà à le condamner. Le 2 septembre, il se résolut à passer la frontière et vint à Bâle rejoindre son beau-frère, le chancelier Ochs. Il aurait pu légitimement rester là et ne point aller se livrer aux mains des bourreaux, car sa condamnation, en dépit des preuves contraires, était certaine. Mais il était trop fier et trop brave pour agir ainsi. Doué d’une force de caractère vraiment antique, plus stoïcien et plus ferme que les philosophes les plus rigides, il ne cherchait aucune échappatoire et entendait se constituer prisonnier, dès que le règne des lois lui paraîtrait rétabli.

C’est ce qu’il écrivit, le 15 septembre, dès son arrivée à Bâle, au président de l’Assemblée législative, tout en ayant soin de ne pas se confondre avec les émigrés et portant ostensiblement la cocarde tricolore. On ne fit aucune attention à cette attitude si loyale et, à la requête de ses ennemis, on le déclara émigré, dès le 6 septembre, en mettant ses biens sous séquestre. Pour ne point donnera ses moindres actions l’apparence d’une intrigue, Dietrich quitta Bâle et son beau-frère pour aller séjourner à Winterthur, et, durant l’automne de 1792, y observa la réserve la plus prudente en préparant tous ses moyens de défense. S’étant fait délivrer des certificats du bourgmestre qui attestait sa conduite si correcte, il manda au commissaire civil du Haut-Rhin qu’il se constituerait prisonnier à Saint-Louis pour être transféré à Paris et répondre devant la Convention à l’accusation dirigée contre lui. C’était là un acte de bravoure civique, dont on connaît peu d’exemples ; rien que de l’avoir fait, son innocence eût dû être aussitôt reconnue et proclamée. Le 5 novembre, ayant reçu l’assurance qu’il obtiendrait aide et protection pour sa sûreté personnelle et qu’il serait, à ses frais, conduit sous bonne escorte à Paris, il fit ses adieux à son beau-frère Ochs, adieux qui devaient être éternels.