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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/248

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tous ses instants au bien de la ville de Strasbourg et de ses concitoyens, mais jura en même temps de maintenir les droits et la dignité de l’autorité.

Il fut fidèle à son serment jusqu’au sacrifice même de sa vie. Quelques jours après, son autorité fut soumise à une rude épreuve. La prise de la Bastille, annoncée au Conseil le 20 juillet, causa dans Strasbourg des désordres affreux. L’Hôtel de Ville fut mis littéralement à sac par une bande d’émeutiers sortis on ne sait d’où. Les Bouchers réclamèrent à grands cris l’abolition de l’impôt sur la viande et brisèrent les vitres de l’Hôtel en menaçant les membres du Grand Conseil des pires violences. Le baron de Klinglin, fils du préteur royal qui avait dû quitter son poste à la suite de malversations, détestait le nouveau commissaire royal en qui il voyait un dangereux rival. Il avait lui-même parcouru les rues de la ville en disant qu’un accord donnait satisfaction à toutes les exigences du peuple, espérant mettre ainsi Dietrich dans une situation fâcheuse et le montrer impuissant à dominer les mouvements populaires. La garnison d’ailleurs, mal commandée par le comte de Rochambeau qui n’était pas du pays alsacien et venait de prendre la direction militaire, laissait tout faire. L’Hôtel de Ville fut dévasté et les membres du Grand Conseil n’eurent que le temps d’échapper par une fuite rapide aux violences d’une foule en délire. Sans l’intervention spontanée du prince Frédéric-Louis de Hesse-Darmstadt et de son régiment au service de France, l’émeute eût dominé à Strasbourg.

Le baron de Dietrich avait, pendant ces scènes de pillage et d’orgie scandaleuses, montré un réel sang-froid et, sans compromettre l’autorité, promis les concessions nécessaires. Mais, devant l’attitude perfide et méchante de Klinglin qui laissait les révoltés libres d’agir, il n’avait point été entendu. Après la réaction qui suivit naturellement l’émeute et la punition des meneurs, après la disparition de l’ancien Comité des XV, des Conseils et des Echevins, il offrit sa démission, mais les patriotes le désignèrent pour remplir les fonctions de maire constitutionnel de Strasbourg, en abolissant la charge de préteur royal dont il avait été investi.

Ce n’était pas un poste facile à remplir, car, ainsi que le lui écrivait un de ses amis : « Tout était changé et l’on était à la veille d’une grosse révolution. » Autour de lui s’agitaient des