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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/214

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d’Omsk à Irkoutsk. Tomsk et Irkoutsk surtout ont été les enjeux de luttes extrêmement chaudes. La bataille d’Irkoutsk a duré huit jours, du 25 mai an 1er juin ; elle s’est terminée par la victoire des Tchèques et la capture de 1 200 prisonniers, dont 200 Austro-Hongrois. Depuis, il y a eu encore des engagements locaux, mais moins importants : à Tomsk, à Tcheliabinsk, au lac Baïkal, à Vladivostok. En fait, on peut affirmer qu’aujourd’hui les Tchéco-Slovaques sont maîtres du Transsibérien, c’est-à-dire pratiquement de la Sibérie entière. Leur possession n’est pas paisible, il y aura encore des soubresauts de résistance bolcheviste ; mais les cinquante mille hommes qui tiennent solidement les articulations de la grande voie asiatique, de l’Oural à Vladivostok, ne se les laisseront pas arracher.

Quoique établie par les armes, leur domination n’a cependant rien de violent ni de despotique. Elle est accueillie par les populations avec une très favorable sympathie. D’abord les Tchèques sont en Sibérie, par la force des choses, les adversaires du bolchevisme : c’en serait déjà assez pour les rendre chers à nu pays qui a beaucoup souffert de la dictature maximaliste. Puis, ils paient ce qu’ils réquisitionnent, et dans la -crise économique innommable où sombre la Russie, c’est une originalité et une puissante recommandation. Ils s’entendent donc le mieux du monde avec les braves gens et les bons citoyens, — et il en reste beaucoup dans toutes les Russies, quoique ce ne soient pas ceux-là qui fassent le plus de bruit. Sans avoir eu l’intention de faire œuvre politique, les Tchèques sont amenés par le jeu naturel des événements à reconstituer, là où ils passent, des gouvernements réguliers : ils rétablissent les anciennes municipalités socialistes-révolutionnaires, dissoutes de force par les bolcheviks ; quelquefois aussi ils nomment gouverneurs des localités qu’ils occupent certains de leurs officiers (Tomsk, par exemple, est administré par un colonel tchèque) Bref, quoique les Tchèques ne se soient battus, dans le principe, que pour conquérir le droit de passage à travers la Sibérie, la conséquence de leur victoire se trouve être une réorganisation de la Sibérie, qui peut avoir pour nous tous la plus haute importance.

La fraction des troupes tchèques qui devait aller s’embarquer à Arkhangel, et regagner l’Occident par les mers arctiques, a obtenu des résultats moins éclatants jusqu’ici, mais qui n’en