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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/199

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Caire, 8 de Port-Saïd, 10 de Constantinople, 12 de Smyrne, etc. Ce dernier chiffre n’avait pas augmenté jusqu’à la fin du XVIIe siècle et nous n’étions pas inférieurs aux autres nations ; car si Marseille n’envoyait chaque année à Smyrne, la plus considérable des Echelles du Levant, que dix vaisseaux et quatre barques ou polacres, il en venait de Hollande quatre ou cinq deux fois par an et d’Angleterre cinq à six, convoyés par deux vaisseaux de guerre tous les deux ans.

Le commerce de Marseille, qui s’élevait en 1911 à trois milliards et n’était, d’après la valeur attribuée aux chargements, que d’une quarantaine de millions de francs sous Louis XIII, avait été jadis plus considérable, au temps où toutes les marchandises de l’Orient venaient par la mer Rouge jusqu’à Suez, de là par caravanes au Caire, où les français les achetaient des Turcs et des Arabes et les faisaient descendre sur le Nil jusqu’à Alexandrie.

Les envois de Perse traversaient la Turquie à des de chameaux jusqu’à Alep en Syrie, — voyage de quarante-six jours cher et périlleux. — Notre ministre en Danemark, Deshayes de Courmenin, suggérait de les faire venir par la mer Caspienne à Astrakhan, puis par la Volga et la Dwina jusqu’à Arkhangel ou à Nerva. Là, les Français les achèteraient pour les conduire au Havre. « Il faut savoir, disait-il, si les impôts réunis du grand-duc de Moscovie, du roi de Suède à Nerva et du roi de Danemark au Sund, seront plus ou moins élevés que ceux du Grand Seigneur, attendu que les frais de port sont à peu près les mêmes, de Perse en France, par la Turquie ou par la Russie. »

La découverte du Cap de Bonne-Espérance avait ouvert, pour l’Orient, une route plus économique que la France elle-même dut adopter vers 1665, mais non sans regret. « Pour mettre en communication la Méditerranée avec la mer Rouge, écrit vers 1700 Savary, il suffirait de faire un canal de Suez jusqu’au-dessous de Damiette ou jusqu’au lieu le plus proche du Nil, d’où l’on compte environ vingt lieues ; » et l’auteur du Parfait Négociant concluait un exposé détaillé de la question par cette phrase, sous Louis XIV, assez prophétique : « Il serait dangereux de rendre ces moyens publics, qui pourront servir dans d’autres temps pour l’avantage de l’Etat et la gloire de la nation française. »