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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/159

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menacèrent Mulhouse, Colmar et Sarreguemines). Les tribunaux civils condamnèrent eux aussi pour crime de francophilie quand l’occasion s’en présenta.

Nous avons pu nous procurer les comptes rendus, rédigés par les Allemands, des débats de ces tribunaux et de ces Conseils de guerre. Nous avons eu entre les mains des interrogatoires d’inculpés ou de témoins, des enquêtes menées par des magistrats allemands, rédigées par des greffiers allemands ; et grâce à ces documents allemands, grâce aux condamnations prononcées aux huit mille années de prison distribuées aux annexés, grâce aux condamnations à l’internement, aux travaux forcés, à mort, qui frappèrent des paysans, des ouvriers, des bourgeois, des prêtres, nous savons aujourd’hui que nos compatriotes des provinces qui nous ont été ravies, n’ont pas faibli, et qu’ils affirment toujours, comme le député Teutsch devant le Reichstag, « leur attachement à la patrie française. »

Nous ne pouvons passer ici en revue toutes les catégories sociales, mais parce que les paysans, formant la classe la plus nombreuse dans la « Terre d’Empire, » ont une valeur tout particulièrement représentative : c’est pourquoi nous les choisissons pour sujet de cette étude.


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L’Etat-major allemand se faisait si peu d’illusions sur les sentiments des paysans de Lorraine et d’Alsace qu’il autorisa les troupes à se comporter dans le Reichsland comme en France.

M. Paul-Albert Helmer, avocat à Colmar, a mené une patiente enquête auprès des prisonniers allemands pour établir une liste partielle des régiments où les hommes avaient été officiellement prévenus par leurs chefs, que, le Rhin traversé, ils seraient en pays ennemi. Aux 110e, 111e, 113e, 131e, 136e, 143e, 144e, 169e régiments d’infanterie actifs, au 145e régiment de réserve, aux 40e, 109e, 110e régiments d’infanterie territoriale, au 2e bataillon du génie, au 14e bataillon de réserve du génie, à la 3e compagnie sanitaire du XVIe corps, à la 2e du XXIe corps, cette déclaration fut faite aux soldats qui comprirent ce que cela voulait dire et pillèrent, brûlèrent et tuèrent tout leur saoul.

Telle maison est saccagée, tout y est pillé, brisé, les meubles sont défoncés, les soldats s’amusent à crever les yeux des