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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/145

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III

Où prenez-vous alors les garanties de la paix ? Sous quel abri tutélaire les petits Etats seront-ils certains de vivre, d’apporter leur contribution intéressante au développement de la civilisation, de se montrer, comme par le passé, des membres utiles et actifs de la famille européenne ?

C’est en dehors de l’Allemagne qu’il convient de chercher ces garanties, comme une sauvegarde contre une reprise de sa politique impérialiste. Cette exclusion se justifie, lorsqu’on se rend compte de l’état mental actuel du peuple allemand.et de ce qu’il sera au lendemain d’une guerre qui aura trahi ses espérances. Les révélations quotidiennes de ses porte-parole ordinaires, hommes politiques, professeurs, journalistes, nous fournissent à son sujet les éléments d’une rigoureuse analyse. Il n’a qu’à s’en prendre à eux de l’image morale que nous nous faisons de lui.

J’ai cru et je crois encore que la masse de la nation, — ouvriers des villes et travailleurs des champs, — se serait fort bien passée d’une guerre. La prospérité et le bien-être croissaient à vue d’œil par tout l’Empire ; la preuve en est dans l’absence des grèves, qui auraient éclaté malgré les efforts des chefs socialistes, si la main-d’œuvre avait été moins recherchée, les vivres moins abondants et les salaires moins rémunérateurs. Mais l’Allemand est crédule et moutonnier ; il a ajouté loi, comme un enfant, aux mensonges de l’autorité, qui lui montraient la patrie attaquée, le territoire assailli, l’existence nationale menacée par la coalition du tsarisme et du jacobinisme. Il s’est rué avec enthousiasme à la défense de ses foyers.

Les premiers chocs ont été des victoires. Le peuple allemand, obéissant à des instincts ataviques, a pris goût alors à la lutte sanglante, qui en même temps tournait à l’opération fructueuse. Le pillage des richesses de l’ennemi ferait affluer chez lui un butin, dont le moindre artisan aurait sa part. La ruine des industries étrangères laisserait le champ libre à l’industrie allemande. C’était l’époque où le député Erzberger, ébloui comme les autres par les profits de l’entreprise, réclamait l’annexion de la Belgique, avant de devenir le missionnaire assagi d’une paix de compromis. Tout le monde mentait