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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/141

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Comment est-il encore parmi nous de braves gens qui regrettent qu’on n’ait pas écoulé, les sirènes de Vienne et de Berlin ? En se rendant à Brest-Litovsk, les candides maximalistes croyaient aller au-devant d’une paix sans annexions ni indemnités, respectant, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais, à côté des diplomates mielleux, des Kühlmann et des Czernin, se tenait un général prussien qui avait une autre paix dans sa poche et qui l’a jetée sur la table avec le poids de son épée. Pareille comédie se serait jouée sans nul doute à nos dépens, si nous avions été assez fous pour nous asseoir à une conférence, sans connaître les prétentions de l’état-major allemand.

Comment le Saint-Père a-t-il pu espérer que la paix de conciliation, dont il s’était fait l’auguste inspirateur, serait exécutée loyalement par les Empires centraux ? Acceptée du bout des lèvres à Berlin et à Vienne, elle se serait métamorphosée en paix de spoliation par un habile escamotage. A la demande du Souverain Pontife les aviateurs britanniques ont épargné la ville de Cologne pendant la solennité de la Fête-Dieu, tandis que les canons allemands bombardaient la région parisienne et meurtrissaient une de ses églises. L’éclatement sournois de leurs obus illustre la mauvaise foi de nos ennemis.

Comment enfin les petits Etats non belligérants, heureux autrefois de vivre sous leurs institutions libérales, peuvent-ils sans trembler envisager l’avenir, s’ils contemplent le spectacle édifiant de la Russie, livrée à l’avidité germanique ? Tout leur espoir n’est-il pas, comme le nôtre, dans la résistance des Alliés, dernier rempart de la liberté du monde ?


II

Il faut donc tenir, tenir plus ferme que jamais. C’est le mot d’ordre, que fait passer de bouche en bouche la voix même de la patrie, qu’elle soit française ou belge, britannique ou italienne. C’est l’exhortation que nous crie par-dessus la rumeur de l’Océan une autre voix vibrante, avec l’annonce de l’arrivée en masse de nos frères américains. Nous savons déjà quel stimulant et quel soutien leur vigoureuse jeunesse apporte à la vaillance de nos soldats. Le courage des civils ne sera-t-il pas au niveau de celui des poilus ? Le danger troublerait-il