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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/124

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fiacres et ses petites danseuses 376 1. 5 sols, — plus 222 livres absorbées par les frais du trajet [1].

Nous n’imaginons pas, on peut en être assuré, avoir tracé en ces quelques lignes d’ébauche un tableau achevé du monde de la galanterie à la fin du XVIIIe siècle, ni même en avoir donné un lointain aperçu ; il nous suffit de discerner seulement pour quelle part la fréquentation en était, par les étrangers et les provinciaux, comptée au nombre des attractions parisiennes. Or, en cela encore, nos anciens paraissent garder une mesure et une modération, juste milieu entre une affectation pudibonde et le dévergondage. Il est aisé de constater que le « plaisir, » au sens particulier du mot, n’entrait dans le programme du voyage que comme une escapade : il n’usurpe rien du temps réservé à des investigations moins badines. Ceux qui recherchent ces rencontres, dont la banalité est suffisamment déguisée pour laisser l’illusion d’exceptionnelles bonnes fortunes, ne bornent pas à ces expériences leur étude de Paris ; ils ne ressemblent en rien à ce type moderne de l’Allemand qui vient ici pour « s’en fourrer jusque-là, » ni à ces observateurs d’Outre-Rhin si souvent débarqués chez nous, bien déterminés à ne voir que les tripots et les guinguettes, et qui s’en vont persuadés que la Babylone moderne est un lieu de perdition, sans même avoir la perspicacité de se rendre compte qu’ils sont pour beaucoup plus de la moitié dans la démoralisation qu’ils nous reprochent.


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A en juger par ce qu’ils nous en disent, nos aïeux apportaient donc en leur dissipation une discrétion courtoise. Si la France passait alors pour être l’Olympe des voyageurs dont Paris était l’Empyrée, ils ne devaient point ce renom à la liberté des mœurs et à la facilité des plaisirs à tous prix, mais a toutes les satisfactions qu’y trouvaient le goût, les curiosités intelligentes et la délicatesse de l’esprit. Je ne vois point les voyageurs s’attarder en des endroits mal famés ; certes ils fréquentaient beaucoup au Palais-Royal ; c’était alors « la capitale de la Capitale » ; mais aucun d’eux n’élit domicile

  1. D’Avignon à Paris : 108 livres. De Paris à Avignon : 114 I. Voyage à Paris en 1789 de Martin, faiseur de bas d’Avignon, avec introduction et notes explicatives par P. Charpenne. Avignon, chez Roumanille.