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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/118

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puisqu’il note : « on dit que c’est un des plus beaux monuments gothiques qu’il y ait en Europe ; » il s’intéresse bien davantage à « une halle au blé que l’on construit dans cette ville sur un plan somptueux et très étendu. » Quand, un demi-siècle plus tard, Victor Hugo passera par Cologne, il décrira la cathédrale durant cinquante pages, ne faisant grâce au lecteur ni d’un clocheton ni d’une ogive. Il est donc avéré qu’un déplacement s’est produit, à la suite du 1830 littéraire, dans les appréciations et les préférences des amateurs ; il s’est notablement accentué depuis lors : avis aux villes et bourgades de France qui, ayant l’heureuse fortune de posséder encore quelque mur d’enceinte ou quelque donjon de château fort, s’évertuent à niveler ces vestiges de leur passé pour créer des boulevards attendrissants de mesquinerie et dont l’aspect désolant met le touriste en fuite. Qu’elles conservent leurs toits de tuiles, voire de chaume, leurs tours, leur cloître déjeté, leur pont de guingois ; qu’elles ne livrent pas leur église à un maçon et sauvegardent pieusement le peu qui subsiste du trésor de pierres qu’avaient accumulé nos pères. Ceux-ci n’en comprenaient pas la valeur lorsqu’il était intact ; depuis que nous l’avons inconsidérément dilapidé, ses parcelles devront nous être d’autant plus précieuses que les Barbares se seront acharnés contre cet héritage en lequel leur haine sent palpiter ce qui survit de l’âme de la vieille France, objet de leur convoitise et de leur jalousie rancunière.


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S’ils étaient réfractaires à la beauté des cathédrales et au charme des pignons à tourelles, nos ancêtres marquaient, en revanche, une inclination prononcée pour les jolies femmes et les aventures galantes. Au vrai, c’est une tendance qui ne s’est guère modifiée depuis l’Eden, et quoique la matière soit délicate, quoique les indiscrétions laissées par les voyageurs venus à Paris pour « prendre l’air de la grande ville » demeurent sur ce point très laconiques, on perdrait trop à n’y point glaner de quoi esquisser, non point la physionomie du monde où se rencontraient les bonnes fortunes sans lendemain, mais les impressions produites par le contact passager de cette société légère sur les nouveaux débarqués, frais émoulus de leur vertueuse province. Nous garderons ici pour guides les trois