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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/76

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rapprochant, tirer une rafale en fonçant dessus, après quoi éviter l’avion ennemi, et, s’il n’est pas abattu, s’écarter vivement vers l’arrière. Guynemer court au but comme un bolide, sans recourir à aucun tour. « Je ne vole pas la victoire, » pourrait-il dire comme Alexandre refusant d’attaquer de nuit les troupes de Darius. Il compte sur son adresse au tir et sur la foudroyante charge qui lui a assuré tant de triomphes. Mais il manque, cette fois, l’adversaire qui se met en vrille, descend et tombe sur l’avion de Bozon-Verduraz qui le manque à son tour. :

Guynemer va-t-il rompre le combat ? Il n’y a pas eu de surprise, et la prudence le conseillerait. Guynemer n’a montré aucune prudence dans son attaque directe. Il va recommencer, car il veut vaincre. Tous ses atterrissages de la veille l’ont exaspéré : il s’acharnera. Tandis qu’il continue à descendre pour se retourner derrière le biplace et chercher son angle mort, Bozon-Verduraz aperçoit une troupe de huit monoplaces allemands qui s’avance vers les lignes anglaises. Selon les règles tactiques qu’il observe avec son chef, il va se séparer de lui, se présenter aux nouveaux venus, les attirer, les entraîner et les dépister, et tandis qu’il opérera cette manœuvre, il laissera à Guynemer le temps de cueillir sa cinquante-quatrième victoire. Puis il reviendra, sur le champ de bataille devenu le point de ralliement, rejoindre le vainqueur. Sur Guynemer il est sans inquiétude. Avec lui, n’a-t-il pas attaqué souvent, à deux, des groupes de cinq, six, et parfois dix ou douze monoplaces ? Sans doute le biplace est-il mieux armé et plus perfide. Pour Guynemer, c’est néanmoins un gibier sûr. Guynemer était, ces jours derniers, bien agité, bien nerveux. Mais, au combat, il retrouve toutes ses facultés, son sang-froid, sa maîtrise, son extraordinaire coup d’œil, — sa témérité aussi.

Bozon-Verduraz a emporté cette vision : Guynemer, après l’échec de son premier assaut, a piqué, afin de continuer le combat et de chercher la position favorable à son tir ; l’avion ennemi descend en vrille, se rapprochant de la terre à qui il peut demander secours. Le second de Guynemer s’est offert à la vue des huit monoplaces allemands, qui s’engagent dans sa route et s’échelonnent dans le ciel à sa poursuite. Son plan réussit. Peu à peu le groupe se désagrège, se dissout dans le vaste ciel. Bozon-Verduraz revient en hâte à son point initial où son chef doit, sans doute, l’attendre. Il cherche Guynemer :